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Combien coûte vraiment un incendie de forêt à la société française ? Derrière les flammes, une facture qui peut atteindre plusieurs centaines de millions d’euros

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Combien coûte vraiment un incendie de forêt à la société française ? Derrière les flammes, une facture qui peut atteindre plusieurs centaines de millions d'euros

Un incendie de forêt ne coûte pas seulement le prix du carburant des Canadair ou des heures supplémentaires des pompiers. Il détruit du bois, des habitations, des exploitations agricoles, des campings, des routes et parfois des vies. Il fait fuir les touristes, interrompt l’activité économique, pollue l’air et oblige ensuite à sécuriser les sols et à reconstruire les paysages.

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La difficulté est qu’en France, aucune administration ne présente une facture globale réunissant l’ensemble de ces dépenses. Les dommages écologiques sont notamment encore « mal identifiés et peu quantifiés », reconnaît le Sénat. Le coût réel est donc presque toujours supérieur aux chiffres annoncés immédiatement après le sinistre.

Le sujet est d’autant plus brûlant qu’au 24 juillet 2026, plus de 50 000 hectares avaient déjà été parcourus par les flammes depuis le début de l’année en France. Trente-deux incendies étaient encore en cours à cette date.

La première facture : éteindre le feu

La lutte contre un grand incendie mobilise parfois plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de pompiers. Il faut ajouter les véhicules, les engins de terrassement, les postes de commandement, les hélicoptères, les avions bombardiers d’eau, les forces de l’ordre, les évacuations et l’hébergement des habitants.

Une seule heure de vol coûte environ "15 929 euros pour un Canadair" et "12 686 euros pour un Dash", selon les chiffres transmis au Sénat par la Sécurité civile. Durant la saison exceptionnelle de 2022, la seule mobilisation supplémentaire des moyens nationaux contre les feux avait entraîné un surcoût de près de "33 millions d’euros". Cette somme ne comprenait ni l’ensemble des dépenses des pompiers départementaux, ni les dégâts matériels, ni la reconstruction.

Autrement dit, un feu important peut consommer plusieurs millions d’euros avant même que la dernière flamme soit éteinte.

Les hectares brûlés ont aussi une valeur

Une forêt représente un capital économique. Elle contient du bois qui aurait pu être exploité dans dix, vingt ou quarante ans. Lorsqu’elle brûle, le propriétaire perd cette récolte future et doit parfois payer le nettoyage, l’évacuation des arbres dangereux et la remise en état du terrain.

Les barèmes du Centre national de la propriété forestière peuvent atteindre "12 000 euros par hectare pour un reboisement complet en plaine" et 14 000 euros en montagne. Ces chiffres varient fortement selon le terrain, les essences et la possibilité de laisser la forêt se régénérer naturellement.

À ce tarif, la reconstitution active de 1 000 hectares peut représenter environ "12 millions d’euros". Pour 10 000 hectares, on atteint théoriquement 120 millions. Tous les terrains incendiés ne sont évidemment pas replantés, mais cet ordre de grandeur permet de comprendre pourquoi la facture s’envole rapidement.

À cela s’ajoute la perte du bois. Lors des incendies de Gironde de juillet 2022, environ deux millions de mètres cubes auraient été touchés, soit plus du quart des prélèvements annuels du massif des Landes de Gascogne.

L’économie locale brûle elle aussi

Quand un massif est fermé, ce ne sont pas seulement les arbres qui deviennent inaccessibles. Les restaurants, hôtels, campings, commerces, bases de loisirs et entreprises touristiques perdent leur clientèle en pleine saison.

En Gironde, en 2022, "36 750 personnes avaient été évacuées", dont plus de 6 000 campeurs. Plusieurs infrastructures touristiques avaient été détruites, notamment cinq campings. Les routes coupées, les annulations de séjour et la dégradation durable de l’image du territoire ont produit des pertes difficiles à chiffrer précisément.

Les agriculteurs sont également touchés ; vignes, pâturages, bâtiments, machines, animaux et réseaux d’irrigation peuvent disparaître en quelques heures. Les entreprises interrompent leur activité et les collectivités doivent organiser l’accueil des évacués, nettoyer les routes et réparer les équipements publics.

La facture sanitaire, presque invisible

Les fumées voyagent parfois à plusieurs centaines de kilomètres. Elles contiennent notamment des particules fines PM2,5 capables de pénétrer profondément dans les poumons, ainsi que du monoxyde de carbone, des oxydes d’azote et différents composés toxiques.

Les autorités françaises soulignent les conséquences possibles sur les maladies respiratoires et cardiovasculaires, mais aussi sur la santé psychologique des habitants déplacés ou ayant perdu leur logement.

Cette facture apparaît plus tard : passages aux urgences, hospitalisations, traitements, arrêts de travail, pertes de productivité et traumatismes durables. Elle est rarement attribuée directement à l’incendie dans les bilans financiers.

Et combien valent la biodiversité et un paysage détruit ?

C’est la partie la plus difficile à convertir en euros.

Une forêt filtre l’eau, protège les sols, limite l’érosion, stocke du carbone, rafraîchit l’air et abrite des espèces animales et végétales. Après un feu violent, les sols peuvent devenir instables et favoriser des glissements de terrain, des chutes de pierres ou des crues torrentielles.

Le paysage peut mettre plusieurs décennies à retrouver son apparence. Certaines espèces reviennent rapidement, d’autres disparaissent définitivement. Lorsque les incendies se répètent trop souvent, la forêt peut même ne plus parvenir à se régénérer et laisser place à une végétation basse beaucoup plus pauvre.

Le ministère chargé de l’adaptation climatique estime qu’à l’horizon 2050, le nombre de journées présentant un risque élevé pourrait doubler et les surfaces brûlées être multipliées par quatre dans le scénario de référence français.

Alors, combien coûte un incendie ?

Il n’existe pas de tarif unique. Un départ de feu stoppé rapidement peut coûter quelques dizaines de milliers d’euros. Un incendie important de plusieurs centaines ou milliers d’hectares peut entraîner une facture de plusieurs millions, voire de plusieurs dizaines de millions d’euros.

Pour un feu hors norme touchant des habitations, des infrastructures touristiques et plusieurs milliers d’hectares, le coût complet peut raisonnablement atteindre "plusieurs centaines de millions d’euros". Et lorsqu’on additionne tous les incendies d’une saison exceptionnelle, les secours, les pertes économiques, la reconstruction, la santé et les dommages environnementaux peuvent vraisemblablement dépasser "le milliard d’euros". Il s’agit d’un ordre de grandeur, pas d’un chiffre officiel consolidé.

La France dépense beaucoup pour empêcher cette facture d’exploser. Cette politique est coûteuse, mais elle permet encore d’arrêter la très grande majorité des départs de feu avant qu’ils ne deviennent incontrôlables.

La question n’est donc pas seulement de savoir combien coûte un incendie. La véritable question est : "combien sommes-nous prêts à investir avant le feu pour ne pas devoir payer dix ou cent fois plus après ?"

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