On parle souvent de l’exil
comme d’une terre que l’on quitte.
Il existe un autre exil.
La maison est la même.
Les arbres sont les mêmes.
Rien n’a changé.
Et pourtant,
nous ne savons plus
d’où nous vivons.
Ce n’est pas le monde qui disparaît.
C’est le lieu intérieur
depuis lequel nous le recevions.
Alors les jours continuent.
Le matin ouvre les volets.
La pluie revient.
Les oiseaux traversent le ciel.
Tout demeure.
Sauf la proximité.
Le monde est là.
Nous ne savons plus
comment le rejoindre.
Alors j’ai marché.
Longtemps.
Je ne cherchais pas une route.
Je cherchais
le lieu
depuis lequel le monde
pouvait de nouveau être rencontré.
Puis, un matin,
une odeur.
À peine.
La chaleur d’une tasse entre les mains.
L’air après la pluie.
Le parfum d’un fruit.
Rien n’avait changé.
Mais quelque chose
s’ouvrait.
Le monde n’était jamais parti.
C’est notre relation à lui
qui s’était éloignée.
Le corps
ne garde pas seulement la mémoire.
Il continue,
silencieusement,
à tendre une main
vers le vivant.
C’est pourquoi
une odeur.
Une matière.
Une chaleur.
Une présence.
Peuvent parfois
nous rendre
à nous-mêmes.
L’attention
n’est peut-être rien d’autre que cela.
Redevenir assez disponible
pour que le monde
retrouve son chemin
jusqu’à nous.
L’exil
n’est pas la perte d’une terre.
Il est la perte
d’une relation.
Et le retour
n’est pas un voyage.
C’est l’instant
où le monde
Cesse d’être devant nous
pour recommencer
à vivre en nous.
Alors une patrie
n’est plus seulement un pays.
C’est un lieu invisible.
Une manière
de laisser le vivant
nous traverser.
Et tant qu’il restera en nous
La possibilité
d’être touchés,
aucun exil
ne sera tout à fait définitif.
Ecouter la version audio de ce texte lue par son auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/yjhmXRxy30I
