Le métal précède la salle.
Son odeur.
Son poids.
Les souffles.
Les battements de coeurs.
Tout ici possède une densité.
Je prends une barre.
Je soulève.
Je repose.
Je recommence.
Toujours le même geste.
Pourtant rien n’est identique.
Je pense à un chemin.
Je l’emprunte depuis des années.
Pourtant, le paysage n’est jamais le même.
Ce n’est pas le chemin qui change.
C’est celle qui le parcourt.
J’entre en relation avec mon corps comme j’entre en relation avec une feuille blanche.
Jour après jour.
Sans tricher.
Je ne lui impose rien.
Je l’écoute.
Je cherche son équilibre.
Son rythme.
Ses résistances.
Ses possibilités.
Le mouvement revient.
Mais mon attention, elle, ne revient jamais au même endroit.
Chaque répétition m’apprend quelque chose.
Une respiration.
Un appui.
Une hanche qui s’aligne.
Un souffle qui s’allonge.
Une main qui cesse de forcer.
Une amplitude qui apparaît.
Au fond de la salle, une machine se met soudain à vibrer.
Elle grince.
Accélère.
Semble vouloir s’échapper d’elle-même.
Je pense à Jean Tinguely.
Il avait compris que certaines machines révèlent l’emballement du monde.
Je souris.
Puis je reprends ma barre.
Je cherche autre chose.
Une justesse.
Chaque répétition rend perceptible ce qui, la veille encore, m’échappait.
Le corps m’enseigne ce que le dessin m’apprend depuis toujours.
L’attention ne naît pas de l’exception.
Elle naît du retour.
Je ne viens pas ici pour devenir plus forte.
Je viens apprendre à habiter mon corps.
Toujours le même geste.
Jamais le même corps.
Toujours le même chemin.
Jamais le même paysage.
