Le monde est beaucoup trop violent.
Beaucoup trop bruyant.
Il est mal rangé.
Sale.
Gris métallique.
Les sirènes lacèrent l’air.
Les conversations débordent.
Les corps courent.
Les visages portent l’angoisse.
Tout entre.
Plus rien ne circule.
J’étouffe.
Je suffoque.
Alors j’ouvre mon carnet.
Je prends mes couleurs.
Mon arme sensuelle.
À peine le premier feutre touche-il le papier que le monde perd un peu de son poids.
Non parce qu’il disparaît.
Parce qu’il recommence à respirer autrement en moi.
Une présence s’assoit près de moi.
Je n’ai pas besoin de lever les yeux.
Je reconnais Gustav Klimt.
Il regarde ma boîte de feutres.
Son doigt s’arrête sur le doré.
Je lui tends le feutre.
Comme si je l’attendais depuis toujours.
Il sourit.
Puis il dit simplement :
La couleur n’est jamais innocente.
Je souris à mon tour.
Je n’ai rien à répondre.
Nous savons tous les deux qu’une couleur ne remplit jamais une forme.
Elle déplace déjà le regard.
Elle change la densité du silence.
Elle ouvre une respiration.
Le reste appartient aux mains.
Le monde continue pourtant.
Les ambulances.
Les moteurs.
Les alarmes.
Les urgences.
Rien n’a changé dehors.
Quelque chose s’est simplement remis à circuler dedans.
Je comprends alors que je ne dessine pas pour m’évader.
Je dessine parce qu’une part de moi respire ainsi depuis toujours.
Les couleurs ne m’offrent pas un autre monde.
Elles révèlent celui que je portais déjà.
Quand je relève la tête, Gustav Klimt n’est plus là.
Le feutre doré repose dans ma boîte.
Je ferme doucement mon carnet.
Et je comprends que le dessin n’a jamais été un refuge.
Il est un souffle.
Le plus ancien de tous.
Celui que les mots ont mis toute une vie à rejoindre.
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