Je me sens comme une ascète de l’art.
Chaque jour, j’opère une discipline intérieure.
Je balaie le superflu.
Je cherche le coeur.
Je cherche ce qui tient.
Le reste peut disparaître.
Je refuse la facilité.
Même lorsqu’elle me tend les bras.
Je dessine comme je m’entraîne.
Je répète.
J’efface.
Je recommence.
Je suis une militaire.
L’adjudant-chef de moi-même.
Je ne mène aucune guerre contre les autres.
Toute mon énergie est tournée vers une seule conquête :
la justesse.
Je retire une ligne.
Puis une autre.
Jusqu’à ce que le dessin ne puisse plus mentir.
Je cherche l’ossature.
Celle d’une image.
Celle d’une pensée.
Celle d’une existence.
Je ne crois pas au talent.
Je crois à la fidélité.
Le talent peut éblouir.
La fidélité construit.
On croit que la liberté consiste à n’obéir à rien.
Je fais l’expérience inverse.
Le prix de ma liberté est mon exigence.
Je n’enseigne pas à dessiner.
Je transmets une manière d’habiter le regard.
J’aimerais que ceux qui repartent de mes ateliers n’emportent pas mes réponses.
J’aimerais qu’ils repartent avec des exigences qui deviendront les leurs.
Je suis mi-femme, mi-animal.
L’instinct me met en mouvement.
La discipline lui donne une direction.
Sans l’un, je me dessèche.
Sans l’autre, je me disperse.
Le dessin m’a appris qu’une oeuvre ne tient jamais par ce qu’elle montre.
Elle tient par ce qui la soutient.
Une vie aussi.
Je ne cherche pas une existence facile.
Je cherche une existence qui tienne debout.
Voilà l’ossature du regard.
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