Les jours d’orage, je sors.
Je veux me prendre cette vérité naturelle en pleine face.
Je veux que le ciel me gifle le visage.
Qu’il me jette des seaux d’eau glacée.
Qu’il ralentisse ma course.
Qu’il m’oblige à respirer autrement.
Je veux ressentir ma peur.
Je refuse les paysages qui ne me changent pas.
Les oiseaux disparaissent avant l’orage.
Ils ne discutent pas avec le vent.
Ils savent.
La nature ne négocie jamais avec le réel.
Elle y consent tout entière.
J’entre dans cette tempête comme on entre dans un atelier.
Je ne viens rien prendre.
Je viens travailler.
Je veux créer avec la nature.
Je ne lui demande pas des images.
Je lui demande une transformation.
Je ne dessinerai ni ce ciel, ni cette pluie, ni ces arbres.
Je dessinerai ce qu’ils auront déplacé en moi.
Le monde ne me sert pas de modèle.
Il me sert d’épreuve.
Chaque ligne naît d’une résistance.
Chaque couleur garde la mémoire d’une rencontre.
Chaque dessin porte une métamorphose invisible.
J’ai décidé de surfer sur la vague de ce drame extérieur plutôt que de plonger dans mon drame intérieur.
Depuis, je ne regarde plus les paysages.
Je les laisse travailler.
Je croyais que je dessinais le monde.
Le monde me dessinait déjà.
Alors le papier ne devient plus une surface.
Il devient l’endroit où cette rencontre laisse enfin une trace.
Je ne dessine pas la nature.
Je continue son geste.
Ecouter ce texte lu par l’auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/5WsknvX-7e0
