Il y ceux qui nous mettent au monde.
Et puis il y ceux qui nous regardent.
On dit qu’un professeur de dessin enseigne une technique.
Je crois qu’il apprend à regarder.
Regarder demande du temps.
Le temps de suspendre son jugement.
Le temps de laisser apparaître ce qui est déjà là.
Aucun trait n’est insignifiant.
Aucune recherche n’est dérisoire.
Toute création mérite d’être rencontrée avant d’être évaluée.
Lorsque l’art n’est la langue de personne autour de soi, cette attention devient un premier langage.
Avant les mots, il y a ce regard.
Un regard qui ne demande pas d’être autre.
Un regard qui reconnaît.
J’ai oublié les conseils.
Je n’ai pas oublié ce regard.
Il prenait son temps.
Il ne cherchait pas ce que le dessin aurait dû être.
Il rencontrait ce qu’il était.
C’est peut-être cela un maître.
Quelqu’un qui regarde assez longtemps pour laisser apparaître ce qui est déjà là.
Un professeur de dessin apprend moins à dessiner qu’à regarder.
Il apprend qu’aucune présence ne se révèle à celui qui va trop vite.
Que toute oeuvre demande du temps.
Comme une rencontre.
Depuis, je dessine, j’écris et j’enseigne avec le même désir :
offrir cette attention reçue un jour.
Certains regards évaluent.
D’autres corrigent.
Les plus rares prennent le temps.
Et parfois, cela suffit pour qu’une vie commence.
