Pour cette performance, Déborah de Robertis reprend l’image la plus célèbre de Marilyn : la robe blanche soulevée par une bouche d’aération dans Sept ans de réflexion. Mais la référence s’arrête là. Autour d’elle pendent des poupées gonflables masculines, tandis que son propre corps porte des ecchymoses factices. Le glamour hollywoodien laisse place à une vision beaucoup plus sombre, où l’icône devient le symbole d’une violence exercée par le regard lui-même.
Dans les textes accompagnant son travail, l’artiste explique vouloir relier Marilyn Monroe à d’autres figures féminines telles que Britney Spears, Pamela Anderson, Anna Nicole Smith, Lindsay Lohan, Amber Heard ou Zahia Dehar. Selon elle, toutes auraient subi, à des degrés divers, une réduction de leur personne à leur apparence et à leur disponibilité supposée. Elle évoque le concept de « male gaze », ce regard masculin qui transforme les femmes en objets de désir plutôt qu’en sujets de leur propre histoire.
Déborah de Robertis inscrit également cette œuvre dans une démarche
autobiographique. Elle raconte avoir elle-même été enfermée dans des stéréotypes liés à son physique, dénonçant un mépris intellectuel qui réduit certaines femmes à une image de « bimbo » en leur refusant toute profondeur de pensée. Son texte oppose cette assignation à la richesse des écrits de Marilyn Monroe, qu’elle présente comme une véritable penseuse, trop souvent éclipsée par son statut d’icône.
Cette performance ne laissera sans doute personne indifférent. Certains y verront une démonstration frontale et nécessaire de la violence symbolique que continuent de subir les femmes dans l’espace public. D’autres pourront juger que le dispositif est volontairement spectaculaire, voire excessif, tant il accumule les symboles.
Mais c’est précisément dans cette tension que travaille Déborah de Robertis : utiliser des images immédiatement reconnaissables pour interroger les mécanismes qui les ont produites.
Plus qu’un hommage à Marilyn Monroe, cette performance apparaît comme une tentative de déplacer notre regard. Non plus contempler une icône, mais interroger ce qui a fabriqué cette icône, les fantasmes qu’elle continue de porter et les rapports de pouvoir qui se cachent derrière une image devenue universelle.
Un dialogue particulièrement pertinent avec l’exposition de la Cinémathèque, qui cherche elle aussi à restituer Marilyn Monroe dans toute sa complexité d’actrice et de femme.
