Créer n’est pas, pour moi, produire.
Créer, c’est recevoir.
Avant chaque dessin, il y a un temps où rien ne se voit encore.
Le monde travaille en silence.
Une lumière traverse une pièce.
Une couleur se déplace au fil des heures.
Le vent modifie le rythme d’un arbre.
Une musique laisse une trace.
Un silence ouvre un espace.
Rien de spectaculaire.
Seulement une lente imprégnation.
Je crois que nous créons avec ce qui nous a nourris.
Pas seulement des lectures ou des oeuvres.
Mais des heures de marche.
Des saisons.
Des odeurs.
Des paysages.
Des regards.
Des couleurs qui continuent de vivre en nous longtemps après avoir disparu.
La solitude rend cette nourriture possible.
Non parce qu’elle nous coupe du monde.
Parce qu’elle nous rend disponibles.
Dans le bruit, je remarque.
Dans le silence, je reçois.
La différence est immense.
Le dessin commence là.
Bien avant le premier trait.
Il commence lorsque quelque chose du monde trouve en nous un lieu où demeurer.
Alors seulement, une forme devient nécessaire.
Je protège ces heures de solitude comme on protège une source.
Elles ne m’éloignent pas de la vie.
Elles me permettent d’en recevoir davantage.
Peut-être est-ce cela, au fond, la création.
Non pas ajouter une oeuvre au monde.
Mais laisser le monde devenir, lentement, une oeuvre en nous.
