Il arrive que l’on regarde mes dessins comme une suite.
Je les vois comme une continuité.
Je n’ai jamais eu l’impression d’en commencer un nouveau.
Chaque feuille recueille un dessin déjà en marche.
Puis elle s’arrête.
Le dessin, lui, poursuit son chemin.
Il passe d’un carnet à l’autre.
Du papier au tableau.
Du trait à la couleur.
Sans jamais éprouver le besoin de recommencer.
Quelques lignes m’accompagnent depuis si longtemps que je ne saurais dire à quel moment nous nous sommes rencontrées.
Je les retrouve.
Ou peut-être est-ce elles qui me retrouvent.
Le temps ne les éloigne pas.
Il les rend plus profondes.
On dit parfois qu’elles reviennent.
Je crois qu’elles avancent.
Prenez dix lignes tracées à la main.
Elles partageront un air de famille.
Aucune pourtant ne consentira à devenir la copie d’une autre.
L’une retiendra davantage le papier.
L’autre s’allégera presque malgré elle.
Une troisième hésitera avant de poursuivre sa courbe.
Le dessin à la main ne connaît pas la répétition parfaite.
Il ne produit que des différences patientes.
Ce sont elles qui donnent au trait sa présence.
Je ne cherche pas des formes nouvelles.
Je cherche à aller plus loin avec quelques-unes.
Comme si elles portaient en elles un paysage que je n’avais pas encore entièrement traversé.
Les années passent.
Les lignes demeurent.
Non parce qu’elles résistent au temps.
Parce qu’elles le traversent avec moi.
Elles changent autant que je change.
Nous poursuivons ensemble une question qui refuse de s’épuiser.
Je comprends maintenant que mes dessins ne forment peut-être pas une collection.
Ils composent une seule oeuvre dispersée.
Chaque feuille en reçoit une part.
Aucune ne la contient tout entière.
Voilà pourquoi je continue à dessiner.
Non pour ajouter un dessin au précédent.
Pour rejoindre celui qui m’attendait déjà sur la page suivante.
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