On m’a appris à construire l’espace.
À mesurer.
À projeter.
À conduire le regard.
Je garde ces règles en mémoire.
Mais elles ne précèdent jamais mon geste.
Je dessine à main levée.
Depuis toujours.
C’est ainsi que ma main pense.
Elle ne cherche pas d’abord la précision.
Elle cherche une justesse.
Une ligne.
Puis une autre.
Le papier n’est jamais vide.
Il possède déjà sa lumière.
Sa résistance.
Son propre silence.
Le premier trait ne vient pas le remplir.
Il lui répond.
Une seconde ligne s’approche.
Une forme trouve sa place.
Le dessin commence à respirer.
Puis la couleur.
Elle ne vient pas achever le dessin.
Elle en déplace les équilibres.
Elle modifie les distances.
Elle change la manière dont les lignes respirent entre elles.
Le papier transforme les lignes.
Les lignes transforment les couleurs.
Les couleurs transforment le papier.
Rien n’existe séparément.
Tout commence à dialoguer.
C’est mon premier vocabulaire.
Celui avec lequel je regardais déjà le monde avant de pouvoir le nommer.
Je ne lui demande pas de représenter un espace.
Je lui demande de construire un lieu où le regard puisse entrer.
Alors la feuille cesse d’être une surface.
Elle devient un espace.
La perspective n’est plus un point de départ.
Elle est la trace discrète de cette conversation devenue juste.
Je ne construis pas la perspective.
Je mets en conversation mon premier vocabulaire.
L’espace apparaît.
Ecoutez la version audio lue par l’autrice sur la chaîne Youtube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/lpceQLa51fA
