Art of Juliette

La seconde rive.

🌍 READ THIS ARTICLE IN ENGLISH →
La seconde rive.

« Le dessin recueille le monde.
Ecrire, c’est tendre la main. »

Mon vocabulaire graphique n’a jamais demandé à être traduit. Il possédait déjà sa propre grammaire, sa propre justesse, sa propre manière de penser. Pourtant, une fidélité qui demeure sans partage risque de devenir une solitude. L’écriture n’est pas venue remplacer le dessin. Elle est devenue le passage par lequel cette fidélité peut enfin rencontrer d’autres êtres.

🎧 Écouter cet article
Cliquez sur « Lire » pour écouter l’article.

Je n’ai jamais quitté le dessin.

Je poursuis le même geste.

Mon vocabulaire graphique est né bien avant l’idée de faire oeuvre.
Il s’est construit dans les hachures, les reprises, les silences laissés entre les traits.

Je ne cherchais pas une esthétique.
Je cherchais une justesse.

Chaque signe essayait d’approcher une perception sans jamais l’enfermer.

Le dessin m’a appris cela.
Une forme n’est jamais achevée.

Elle demeure disponible.
Elle laisse toujours au réel la possibilité de continuer à apparaître.

J’aurais pu m’arrêter là.

Habiter ce vocabulaire.

Le laisser devenir mon territoire.
Mais un territoire peut aussi devenir une frontière.

Non parce qu’il se ferme.
Parce qu’il ne possède aucun passage.

Ce n’est pas mon vocabulaire graphique qui m’isolait.
C’était son silence.

Alors les mots sont venus.

Non pour expliquer les dessins.
Ils n’en avaient pas besoin.

Non pour les traduire.
Ils auraient perdu leur vérité.

Les mots sont venus accomplir un autre geste.
Ils sont venus construire un pont.

J’écris pour que ce qui est né dans les lignes puisse poursuivre sa route jusqu’à une autre présence.

J’écris pour que cette manière d’habiter le monde puisse devenir, à son tour, une manière de rencontrer les êtres.

Le dessin demeure mon lieu de pensée.
L’écriture devient le lieu de la relation.

Ils ne se remplacent pas.
Ils se prolongent.

Ils appartiennent au même souffle.

Je n’ai pas changé de langage.
J’ai simplement refusé que la fidélité devienne une île.

Peut-être est-ce cela, aujourd’hui, mon travail.

Continuer à dessiner avec la même exigence.
Continuer à écrire avec la même justesse.

Faire en sorte que l’un n’existe jamais sans l’autre.

Car le dessin recueille le monde.

Ecrire c’est tendre la main.

Ecoutez ce texte lu par l’auteure sur la page Youtube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/xuXe9eue07c

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.
Facebook X Threads Copier pour Instagram Copier le lien Envoyer par mail
Instagram : lien à coller

Pour une story, une bio ou un message privé : copiez ce lien propre vers l’article.

Instagram ne permet pas toujours le partage direct d’une page web : ce bouton prépare le lien à coller en story, bio ou message.
Continuer sur Le Mague

À lire aussi sur Le Mague

Ce que l’on n’apprend pas. — 12 juillet 2026
L’empreinte invisible. — 12 juillet 2026
La justesse. — 12 juillet 2026
La voix du noir. — 11 juillet 2026

Les plus lus en ce moment