Je n’ai jamais quitté le dessin.
Je poursuis le même geste.
Mon vocabulaire graphique est né bien avant l’idée de faire oeuvre.
Il s’est construit dans les hachures, les reprises, les silences laissés entre les traits.
Je ne cherchais pas une esthétique.
Je cherchais une justesse.
Chaque signe essayait d’approcher une perception sans jamais l’enfermer.
Le dessin m’a appris cela.
Une forme n’est jamais achevée.
Elle demeure disponible.
Elle laisse toujours au réel la possibilité de continuer à apparaître.
J’aurais pu m’arrêter là.
Habiter ce vocabulaire.
Le laisser devenir mon territoire.
Mais un territoire peut aussi devenir une frontière.
Non parce qu’il se ferme.
Parce qu’il ne possède aucun passage.
Ce n’est pas mon vocabulaire graphique qui m’isolait.
C’était son silence.
Alors les mots sont venus.
Non pour expliquer les dessins.
Ils n’en avaient pas besoin.
Non pour les traduire.
Ils auraient perdu leur vérité.
Les mots sont venus accomplir un autre geste.
Ils sont venus construire un pont.
J’écris pour que ce qui est né dans les lignes puisse poursuivre sa route jusqu’à une autre présence.
J’écris pour que cette manière d’habiter le monde puisse devenir, à son tour, une manière de rencontrer les êtres.
Le dessin demeure mon lieu de pensée.
L’écriture devient le lieu de la relation.
Ils ne se remplacent pas.
Ils se prolongent.
Ils appartiennent au même souffle.
Je n’ai pas changé de langage.
J’ai simplement refusé que la fidélité devienne une île.
Peut-être est-ce cela, aujourd’hui, mon travail.
Continuer à dessiner avec la même exigence.
Continuer à écrire avec la même justesse.
Faire en sorte que l’un n’existe jamais sans l’autre.
Car le dessin recueille le monde.
Ecrire c’est tendre la main.
Ecoutez ce texte lu par l’auteure sur la page Youtube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/xuXe9eue07c
