Nous passons notre vie à apprendre.
Nous apprenons à parler.
À lire.
À écrire.
À compter.
À comprendre.
Nous finissons par croire que tout ce qui nous construit appartient à l’apprentissage.
Je n’en suis pas certaine.
Il existe des savoirs qui ne s’acquièrent pas.
Il attendent d’être reconnus.
Avant que les mots n’organisent ma pensée, quelque chose organisait déjà ma présence.
Je ne savais pas encore les nommer.
Je ne savais même pas qu’il existait.
Pourtant, il était déjà à l’oeuvre.
On apprend une technique.
On apprend une méthode.
On apprend une discipline.
Mais on n’apprend pas la manière dont le monde nous atteint.
On ne choisit pas la forme selon laquelle une présence nous bouleverse.
On ne décide pas du rythme avec lequel une lumière, un visage ou un silence continuent de vivre en nous.
Ces choses-là nous précèdent.
Nous les découvrons parfois très tard.
Je crois que nous nous trompons souvent sur ce que signifie créer.
Nous imaginons qu’il faut inventer.
Il faut d’abord reconnaître.
Reconnaître ce qui insistait déjà en silence.
Reconnaître la forme qui, depuis toujours, cherchait à nous rejoindre.
Le dessin n’est jamais entré dans ma vie comme un apprentissage.
Il ne s’est pas ajouté à ce que j’étais.
Il a révélé une manière d’être que je portais déjà sans la connaître.
Je ne dessinais pas pour devenir artiste.
Je dessinais parce qu’une part de moi rencontrait naturellement les êtres de cette façon.
Le dessin n’était pas un outil.
Il n’était même pas un langage.
Il était une relation.
Une manière de demeurer présente à l’autre sans réduire ce qui le rendait unique.
Je comprends aujourd’hui pourquoi les mots sont venus si tard.
Ils n’avaient rien à remplacer.
Ils sont venus rejoindre une présence qui existait déjà.
Peut-être est-ce cela que nous oublions lorsque nous parlons d’éducation.
Tout ne s’apprend pas.
Les choses les plus profondes ne sont peut-être pas celles que l’on acquiert.
Elles sont celles que l’on cesse enfin de trahir.
Créer ne consiste peut-être pas à devenir quelqu’un d’autre.
Créer consiste à reconnaître, avec suffisamment de fidélité et de courage, ce qui nous habitait avant que le monde nous apprenne à nous en détourner.
Ecoutez ce texte lu par son auteure sur la page Youtube dédié DESSINER L’ATTENTION :
https://youtu.be/e9VChNIp1tA
