En France, l’une des plus belles histoires de cette édition est celle d’Elyam Vignaud, 18 ans, élève en bac professionnel en Charente. Hospitalisé en urgence à la suite d’un problème cardiaque quelques jours avant son dernier oral, le jeune homme ne pouvait pas quitter le service de cardiologie de l’hôpital d’Angoulême. Plutôt que de renoncer, il a passé son épreuve depuis son lit, en soins intensifs. Le jury s’est déplacé dans sa chambre et une affiche a été placée sur la porte afin qu’il ne soit pas dérangé. Le 7 juillet, Elyam a appris qu’il avait obtenu son baccalauréat. Une réussite qui donne au mot « épreuve » un sens bien particulier.
À plusieurs milliers de kilomètres de là, Assèta Da a probablement été la candidate la plus courageuse de la session. Inscrite en série A4 à Gaoua, au Burkina Faso, elle a donné naissance à une petite fille dans la nuit précédant le début des examens. Moins de vingt-quatre heures après son accouchement, elle s’est pourtant présentée au lycée professionnel régional Dona Somé pour composer avec les autres candidats. Elle a expliqué être suffisamment en forme et avoir promis à son bébé de réussir son examen.
Le bac français a également été marqué par des visiteurs inattendus. À Nîmes, le matin de l’épreuve de philosophie, une couleuvre a été découverte derrière un radiateur dans une salle de révision de l’institut Emmanuel-d’Alzon. Les employés n’étant pas parvenus à la faire sortir, les pompiers ont été appelés. L’animal a finalement été capturé puis relâché dans la nature. Heureusement pour les candidats, la salle n’était pas utilisée pour l’examen. Le serpent n’a donc pas eu à disserter sur la conscience ou la liberté.
À Besançon, vingt-deux élèves du lycée Jules-Haag ont connu une mésaventure plus sérieuse. Ils ont passé quatre heures à travailler sur un sujet d’HGGSP qui n’aurait jamais dû leur être distribué. Le rectorat avait demandé l’utilisation d’un sujet de secours, mais le sujet initial leur a tout de même été remis. L’erreur n’a été découverte qu’après l’épreuve. Les candidats n’ont pas eu à recommencer : leurs copies ont fait l’objet d’une correction séparée afin qu’ils ne soient pas pénalisés.
Autre erreur, cette fois dans l’épreuve française de physique-chimie : une valeur qui aurait dû être négative avait perdu son signe « moins », entraînant également une courbe incorrecte dans l’énoncé. La faute n’empêchait apparemment pas de résoudre l’exercice, mais elle a ajouté une difficulté dont les élèves se seraient volontiers passés. Parallèlement, plus de 22 000 personnes ont signé une pétition dénonçant la difficulté du sujet de physique-chimie, tandis qu’une autre pétition concernant les sciences économiques et sociales a recueilli environ 13 800 signatures.
À Bayonne, près de quatre-vingts élèves d’un lycée immersif ont décidé de rédiger leur épreuve anticipée de mathématiques en basque. Leur geste était volontairement politique : ils réclament la possibilité de passer l’intégralité du baccalauréat dans cette langue régionale. À la sortie de l’épreuve, ils ont assumé publiquement cet acte de désobéissance, sans savoir si leurs copies seraient effectivement corrigées.
La canicule a également donné lieu à des scènes surréalistes. À Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine, des oraux de français ont été organisés dans le parking souterrain du lycée Eiffel afin d’échapper à la chaleur étouffante des salles de classe. Des tables et des chaises ont été installées au milieu du béton, sans lumière naturelle et à proximité d’une flaque d’eau. Le rectorat a assuré que les lieux avaient été nettoyés et contrôlés, tout en reconnaissant que la solution n’était pas idéale. Le ministre de l’Éducation nationale a lui-même admis que les conditions n’étaient pas optimales.
Mais la grande vedette mondiale du bac 2026 reste incontestablement la fraude électronique.
Au Sénégal, une candidate passant l’épreuve de philosophie à Guédiawaye a été surprise avec un téléphone portable soigneusement scotché contre sa cuisse. Le dispositif n’a pas échappé aux surveillants. Elle a été immédiatement exclue et son dossier transmis au jury de discipline. Certains centres sénégalais ont par ailleurs dû remplacer leurs sujets de philosophie après des alertes concernant de possibles fuites.
En Côte d’Ivoire, un candidat de série D à Bocanda a choisi une méthode de fuite beaucoup plus spectaculaire. Surpris avec un téléphone contenant des éléments de correction pendant l’épreuve d’histoire-géographie, il a profité du moment où le surveillant alertait le secrétariat pour quitter précipitamment le centre. Il aurait escaladé une clôture d’environ trois mètres avant de disparaître. Il risque l’annulation de sa session et une interdiction de se présenter au bac pendant trois ans.
En Algérie, une candidate de Biskra utilisait un minuscule appareil Bluetooth pour communiquer avec sa sœur. Elle avait transmis le sujet à l’extérieur afin que celle-ci lui renvoie les réponses. L’analyse du téléphone a permis de reconstituer le stratagème. Les deux sœurs ont été placées en détention dans l’attente de leur jugement. La législation algérienne prévoit des peines particulièrement sévères, pouvant aller jusqu’à plusieurs années de prison lorsque la fraude est organisée ou entraîne la divulgation de sujets.
En Tunisie, les simples antisèches semblent désormais appartenir au passé. Des réseaux utilisant des oreillettes miniatures et des systèmes de transmission à distance ont été démantelés à Tunis et à Sousse. Plusieurs élèves et complices présumés ont été interpellés, tandis que du matériel électronique sophistiqué était saisi. À Siliana, neuf candidats âgés de 18 et 19 ans ont même été placés en détention provisoire après avoir été découverts en possession d’oreillettes connectées. Ils ont ensuite été libérés, mais restent poursuivis.
Au Maroc, les chiffres donnent le vertige. Lors des épreuves régionales de première année du baccalauréat, 4 929 cas de fraude ont été recensés, soit une augmentation de 167 % par rapport à 2025. Cette explosion s’explique aussi par le renforcement des contrôles : quelque 2 000 dispositifs électroniques de détection avaient été déployés dans les centres d’examen. Plus la triche devient technologique, plus la surveillance tente donc de le devenir à son tour.
Enfin, la géopolitique s’est invitée dans les salles d’examen. En raison de la situation sécuritaire, le ministère français de l’Éducation nationale a mis en place des dispositions exceptionnelles pour les candidats inscrits dans plusieurs centres du Proche et du Moyen-Orient ainsi qu’au Mali. À Bahreïn, aux Émirats arabes unis, en Irak, en Iran, en Israël, au Koweït, au Liban, au Qatar et au Mali, certaines épreuves ont été remplacées par les moyennes annuelles inscrites dans les dossiers scolaires. Les candidats individuels pourront, eux, se présenter à la session de remplacement de septembre.
Le bac 2026 aura ainsi raconté bien davantage qu’une succession de copies et de notes. Il aura montré des candidats capables de composer quelques heures après un accouchement ou depuis un lit d’hôpital, des administrations improvisant des salles d’examen dans des parkings et des fraudeurs inventant des techniques toujours plus élaborées.
Une chose, pourtant, ne change pas, malgré les serpents, la chaleur, les erreurs d’impression, les téléphones scotchés et les oreillettes invisibles, le baccalauréat reste un moment où chacun finit par révéler quelque chose de lui-même. Parfois ses connaissances. Parfois son courage. Et parfois, malheureusement, son talent pour prendre la fuite en escaladant une clôture.
