Il pleut depuis ce matin.
Le ciel est lourd, chargé d’une matière qui semble ralentir le monde.
Le Requiem de Mozart accompagne le silence de l’atelier.
Aujourd’hui, je ne désire rien d’autre que ce qui ne triche pas.
Le beau.
L’infime.
Le sensible.
Le véritable.
J’essaie simplement de mettre mon existence au diapason de la vie.
Je reprends le dessin.
Le bordeaux apparaît.
Puis le prune.
Le bleu ciel.
Le vert kaki.
Le rose.
Le geste est immédiat.
Il ne cherche pas son chemin.
Il le connaît déjà.
Ma main ne tremble pas.
Elle avance avec une précision qui ne ressemble ni au contrôle ni à l’improvisation.
Elle suit une nécessité plus ancienne que ma volonté.
Des hachures turquoise viennent se déposer sur le bleu ciel.
Quelques pointillés rose fluo déplacent doucement la respiration de l’ensemble.
Peu à peu, la musique cesse d’accompagner le dessin.
Elle devient le dessin.
Je glisse dans une sorte d’hypnose graphique où le temps perd sa chronologie.
Alors quelque chose revient.
Non pas des scènes.
Non pas des visages.
Des couleurs.
Comme si l’enfance avait choisi de se conserver autrement que dans les souvenirs.
Comme si certaines harmonies chromatiques continuaient,
des années plus tard,
à porter en elles la mémoire silencieuse de notre manière d’habiter le monde.
