Cinéma

Citizen Vigilante : le film d’Uwe Boll jugé raciste, violent et catastrophique

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Citizen Vigilante : le film d'Uwe Boll jugé raciste, violent et catastrophique

Il y a des films ratés mais alors là on hallucine. *Citizen Vigilante*, réalisé, écrit et produit par Uwe Boll est presque un modèle du genre, un cas d’école. Sur le papier, le film reprend une vieille mécanique du cinéma de vengeance : un homme ne croit plus à la justice, prend les armes, traque des criminels et devient une célébrité des réseaux sociaux. Dans les faits, ce scénario banal devient un objet beaucoup plus embarrassant : un thriller brutal, confus, idéologiquement chargé, où la peur de l’étranger sert de carburant dramatique. Rotten Tomatoes résume le point de départ du film ainsi : un homme prend la justice en main, devient une sensation en ligne et se retrouve opposé aux forces de l’ordre ; la fiche indique aussi qu’Uwe Boll en est le réalisateur, le producteur et le scénariste.

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Ce que beaucoup de critiques reprochent au film, ce n’est pas seulement d’être violent. Le cinéma de vengeance a toujours joué avec la violence, parfois de manière intelligente, parfois de manière douteuse. Le problème de *Citizen Vigilante*, c’est que la violence ne semble jamais vraiment interrogée. Elle est emballée comme une réponse simple à un monde supposé envahi par le crime, les migrants, les juges faibles et la gauche « woke ». Le Guardian décrit le personnage joué par Armie Hammer comme un ancien soldat américain installé en Croatie, qui s’en prend à des migrants, à des juges progressistes et même à des policiers, tout en étant glorifié sur les réseaux sociaux dans le récit du film.

C’est là que l’accusation de racisme prend toute sa force. Le film ne se contente pas de montrer un personnage raciste ou xénophobe, ce qui pourrait être un sujet de cinéma. Il semble organiser tout son imaginaire autour d’un fantasme : celui d’une Europe abandonnée aux criminels étrangers, sauvée par un homme armé qui n’aurait plus à répondre devant personne. In Review Online parle explicitement d’un film « raciste, xénophobe » et d’une œuvre de propagande d’extrême droite, en soulignant que le récit insiste très tôt sur l’idée d’une hausse des attaques attribuées aux migrants.

Le film est donc jugé raciste non parce qu’il traiterait d’immigration — le cinéma a parfaitement le droit de traiter de l’immigration, de l’insécurité ou de la faillite de la justice — mais parce qu’il transforme ces sujets en carburant de haine. Les figures de migrants ou de musulmans y sont réduites à des menaces, des corps à punir, des ennemis sans complexité. La nuance disparaît. Le monde se divise entre un justicier occidental supposé lucide et des institutions lâches, complices ou aveugles. Ce n’est plus une réflexion politique, c’est une affiche de peur.

Et cinématographiquement, le résultat semble tout aussi pauvre. Le Guardian parle d’un film très bon marché, incohérent et mal joué, qui cannibalise les vieux tropes du revenge movie sans retrouver la force, le style ou les valeurs de production de films comme *Death Wish*, *Dirty Harry* ou *Taxi Driver*. Rotten Tomatoes affiche, au moment de consultation, un écart spectaculaire : 9 % côté critiques contre 94 % côté public, avec plusieurs critiques professionnels le décrivant comme violent, incohérent, moralement ruiné, dangereux ou franchement incompétent.

Pourquoi « moche » ? Parce que la laideur ici n’est pas seulement une question de budget. Un petit film peut être beau. Un film pauvre peut avoir une âme, une invention, une lumière, une nécessité. *Citizen Vigilante*, d’après les critiques, semble au contraire cumuler l’image terne, le montage erratique, les dialogues lourds, les scènes d’action sans élégance et une mise en scène qui confond brutalité et puissance. In Review Online décrit une caméra nauséeuse, un montage instable, des dialogues atroces et une photographie faite de plans de drone et de teintes maladives.

Le cas Armie Hammer ajoute encore à l’étrangeté du projet. L’acteur, dont la carrière avait été gravement fragilisée par des accusations publiques d’abus sexuels — accusations qui n’ont pas débouché sur des poursuites pénales, faute de preuves suffisantes — revient ici dans un rôle de justicier brutal, froid, sûr de lui, chargé de laver le monde par les armes. Le Guardian souligne que ce retour à l’écran se fait dans un film d’exploitation low-cost signé Uwe Boll, ce qui donne à l’ensemble une dimension presque autodestructrice.

La polémique a encore changé d’échelle avec Elon Musk, qui a contribué à faire circuler le film sur X. What to Watch indique que *Citizen Vigilante* a été proposé gratuitement sur X/Twitter pendant une période limitée, avant d’être disponible en achat ou location numérique aux États-Unis et au Canada. Le même article rappelle que le film a été effectivement bloqué en Allemagne, la commission FSK n’ayant pas accordé de classification d’âge, ce qui empêche une sortie commerciale classique.

Ce blocage allemand a évidemment permis à Uwe Boll et à ses soutiens de crier à la censure. Mais l’affaire est plus complexe. Refuser de classer un film n’est pas exactement la même chose que l’interdire partout ; c’est en revanche un signal très fort. Et ce signal touche précisément au cœur du problème : *Citizen Vigilante* n’est pas seulement un mauvais film qui défendrait maladroitement une idée réactionnaire. C’est un film qui semble esthétiser la justice privée, flatter le fantasme de l’homme armé et transformer les migrants en matière première de vengeance.

Le plus intéressant, finalement, est peut-être son succès paradoxal. Les critiques le démolissent, une partie du public le célèbre. Ce grand écart dit beaucoup de l’époque. Certains spectateurs ne défendent pas forcément le film comme œuvre de cinéma ; ils le défendent comme geste politique, comme provocation, comme doigt d’honneur adressé aux médias, aux critiques, à Hollywood, à la gauche, aux institutions. Quand un film devient moins important que le camp auquel il permet d’appartenir, la discussion esthétique devient presque secondaire.

C’est aussi pour cela que *Citizen Vigilante* est un objet révélateur. Il montre ce qui arrive quand le cinéma cesse de chercher la complexité pour devenir un tract. Le mauvais goût n’y est plus seulement formel. Il est moral. Un navet ordinaire fait rire, ennuie ou s’oublie. Celui-ci laisse autre chose : la sensation désagréable d’un film qui voudrait transformer la haine en divertissement, la peur en spectacle, et la pauvreté de mise en scène en courage politique.

Sources : fiche Rotten Tomatoes de *Citizen Vigilante* ; critique du Guardian par Peter Bradshaw ; critique d’In Review Online par Tyler Thier ; article pratique et récapitulatif de What to Watch sur la diffusion du film, sa disponibilité et la décision de classification en Allemagne.

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