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Canicule : ces effets méconnus de la chaleur sur les yeux et les voies respiratoires

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Canicule : ces effets méconnus de la chaleur sur les yeux et les voies respiratoires

On parle beaucoup, et à juste titre, du cœur, de la déshydratation, des coups de chaleur, des malaises. Mais la canicule ne s’arrête pas au thermomètre ni à la bouteille d’eau que l’on oublie trop souvent de boire. Elle attaque aussi plus discrètement les yeux, la gorge, les bronches, les muqueuses. Elle rend l’air plus lourd, plus irritant, parfois presque coupant. Et, chaque été, ce sont les mêmes scènes qui reviennent : des personnes asthmatiques qui respirent moins bien, des enfants qui toussent davantage, des personnes âgées qui supportent mal l’air sec, des porteurs de lentilles qui finissent la journée avec les yeux rouges, brûlants, fatigués.

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Alors que 29 départements ont été placés en vigilance orange canicule jusqu’au lundi 22 juin, les professionnels de santé rappellent que les fortes chaleurs ne sont pas seulement une affaire de malaise ou de fatigue générale. Elles ont aussi des effets très concrets sur la santé respiratoire et oculaire. La chaleur déshydrate l’organisme, mais elle dessèche également les surfaces les plus exposées : les yeux, le nez, la gorge. À cela s’ajoutent la pollution, les pics d’ozone, la climatisation intensive, les ventilateurs mal orientés, les logements surchauffés, les nuits sans récupération. Le corps encaisse, souvent en silence, jusqu’au moment où les symptômes deviennent évidents.

Du côté respiratoire, le problème vient rarement d’un seul facteur. La chaleur favorise la formation d’ozone, un gaz irritant pour les voies respiratoires. Lorsqu’il s’accumule dans l’air, il peut provoquer toux, gêne à l’inspiration, irritation de la gorge, essoufflement, aggravation de l’asthme ou de certaines maladies chroniques comme la BPCO. Ce n’est pas spectaculaire au départ. On respire simplement un peu moins bien. On se dit que l’on est fatigué, que l’air est lourd, que l’on manque de sommeil. Pourtant, chez les personnes fragiles, cette gêne peut vite devenir un vrai signal d’alerte.

Les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes, les personnes asthmatiques, les malades respiratoires chroniques, mais aussi celles et ceux qui travaillent dehors ou vivent dans des logements mal isolés, sont les plus exposés. Les enfants respirent plus vite que les adultes et supportent moins bien les variations de température. Les personnes âgées ressentent parfois moins la soif et récupèrent plus difficilement pendant la nuit. Quant aux malades chroniques, ils subissent une double peine : la chaleur fatigue leur organisme et l’air pollué irrite leurs bronches.

Les yeux, eux aussi, souffrent de la canicule. On l’oublie parce qu’un œil sec ne fait pas peur comme un malaise cardiaque. Pourtant, la sécheresse oculaire peut devenir très handicapante. Picotements, brûlures, sensation de sable sous les paupières, vision fluctuante, rougeur, larmoiement paradoxal : autant de signes qui doivent alerter. Le larmoiement peut d’ailleurs tromper. On pense avoir trop de larmes, alors que l’œil pleure justement parce qu’il est irrité et mal hydraté. Les porteurs de lentilles sont particulièrement concernés, car la lentille accentue parfois l’évaporation du film lacrymal et devient moins bien tolérée quand l’air est chaud, sec ou climatisé.

La climatisation, souvent vécue comme un salut, peut elle aussi devenir un piège. Bien utilisée, elle permet de faire baisser la température et de protéger les organismes fragiles. Mal utilisée, trop froide, trop forte, dirigée directement vers le visage, elle assèche les yeux, irrite les voies respiratoires et favorise les maux de gorge. Même chose pour les ventilateurs : ils ne refroidissent pas l’air, ils brassent l’air ambiant. S’ils sont placés trop près du visage, ils peuvent assécher les yeux et les muqueuses. S’ils tournent dans une pièce déjà surchauffée, leur intérêt devient limité, voire trompeur.

Les erreurs les plus fréquentes sont simples : attendre d’avoir soif pour boire, garder ses lentilles toute la journée malgré l’inconfort, dormir avec un ventilateur braqué sur le visage, régler la climatisation trop bas, sortir aux heures les plus chaudes, continuer le sport comme si de rien n’était, oublier d’aérer tôt le matin ou tard le soir, négliger les enfants et les personnes âgées parce qu’ils “ne se plaignent pas”. La canicule est dangereuse aussi parce qu’elle banalise la gêne. Tout le monde a chaud, donc plus personne n’écoute vraiment les petits signaux.

Les bons réflexes relèvent pourtant du bon sens : boire régulièrement, humidifier légèrement l’air si nécessaire, éviter les efforts aux heures chaudes, fermer les volets en journée, aérer quand la température redescend, porter des lunettes de soleil dehors, limiter le port prolongé des lentilles en cas d’irritation, utiliser des larmes artificielles si elles ont été recommandées, ne pas orienter directement ventilateur ou climatisation vers le visage, surveiller les symptômes respiratoires inhabituels. Chez une personne asthmatique, une gêne respiratoire qui augmente, une toux persistante, un besoin plus fréquent du traitement de secours ou une oppression thoracique ne doivent pas être pris à la légère.

La canicule n’est plus un accident météorologique isolé. Elle devient une saison dans la saison, un nouveau décor sanitaire auquel il faut apprendre à répondre. On ne protégera pas seulement les plus fragiles avec des messages généraux sur l’hydratation. Il faut aussi parler des yeux qui brûlent, des gorges qui grattent, des bronches qui se ferment, de cette fatigue respiratoire discrète que beaucoup minimisent. La chaleur ne se contente pas de faire transpirer.

Elle modifie notre manière de respirer, de voir, de dormir, de tenir debout. La prendre au sérieux, ce n’est pas céder à la panique. C’est simplement admettre que le corps humain n’est pas fait pour encaisser indéfiniment un air devenu trop chaud, trop sec, trop pollué

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