Une lumière franche traverse le jardin.
Deux verts.
Un vert profond.
Un vert pomme.
Entre eux, quelque chose se tend.
Dans les arbres, du jaune, de l’orange, et du rouge.
Quelques touches seulement.
Le peintre est discret aujourd’hui.
Radiohead.
Une boisson dorée.
Le dessin commence.
Ou moi avec lui.
Du vert pomme dans le jardin.
Le goût de la pomme dans ma bouche.
J’aime lorsque les sens se donnent la main.
L’air entrer dans la pièce.
Je vois les cheminées fumer autour de moi.
Je vois les signes du froid.
Mais je ne le ressens pas.
Mon corps regarde ailleurs.
Je brûle de couleurs.
Du vert sur du jaune.
Du rose autour.
Puis du violet.
Les formes arrivent avant les idées.
Des cercles.
Des bulles.
Des cellules.
Des chambres.
Des mondes.
Tout est rond.
Tout contient quelque chose.
Le dessin devient doux.
Pas la douceur des choses jolies.
La douceur des choses qui accueillent.
Celles auprès desquelles le corps relâche sa vigilance.
Une douceur moelleuse.
Une douceur de laine sans le piquant de la laine.
Je continue.
Le vert s’approche du rose.
Le rose du violet.
Les formes se rapprochent elles aussi.
Comme si chacune cherchait la chaleur de l’autre.
Je ne pense pas à l’enfance.
Pourtant elle est là.
Pas sous forme de souvenir.
Sous forme de sensation.
Une sensation ancienne.
Très ancienne.
Quelque chose que le corps connaît avant les mots.
Avant les récits.
Avant même de savoir qu’il est séparé du monde.
Alors le dessin devient un lieu.
Pas un paysage.
Pas une image.
Un lieu.
Quelque part entre un nid, un ventre, une maison et une couleur.
Quelque part entre le corps et le monde.
Le jardin continue de respirer derrière la fenêtre.
Le dessin respire sur la table.
Et moi au milieu.
Reliée aux deux.
Par un fil vert pomme.
Mon cocooning drawing.
