L’Iran, de son côté, affirme répondre aux frappes américaines et a revendiqué ou laissé entendre des tirs contre des intérêts américains dans le Golfe, dont des bases au Koweït et à Bahreïn. Plusieurs missiles et drones iraniens auraient été interceptés par les forces américaines.
Le cœur du conflit reste double : le programme nucléaire iranien et le contrôle stratégique du détroit d’Ormuz. Les États-Unis veulent obtenir de Téhéran des garanties radicales sur l’enrichissement d’uranium et les capacités balistiques. L’Iran, lui, cherche à lier toute désescalade à une levée partielle des sanctions, à la reprise de ses exportations et à la normalisation du trafic maritime. Autrement dit, chacun parle de paix, mais chacun veut d’abord transformer la guerre en monnaie d’échange. Selon Reuters, un accord intérimaire est discuté, mais il pourrait laisser l’Iran très affaibli militairement sans pour autant le faire plier politiquement.
La situation est d’autant plus explosive que la guerre déborde sur le Liban. Le Hezbollah, allié de Téhéran, refuse un cessez-le-feu qui ressemblerait à une reddition et réclame le retrait israélien du sud du Liban. Israël continue de frapper des positions au Liban en affirmant vouloir neutraliser la menace du Hezbollah. L’Iran soutient publiquement cette position, ce qui complique les efforts américains pour obtenir un règlement global. En clair : même si Washington et Téhéran trouvent une formule de pause, le front libanais peut à tout moment faire sauter la table des négociations.
Sur le plan nucléaire, les dernières informations disponibles ne permettent pas de dire que la guerre a réglé le problème. Un rapport de l’AIEA cité par Reuters indique que le programme nucléaire iranien montre peu de changement majeur malgré les frappes et les destructions revendiquées. C’est le paradoxe de cette guerre : elle a peut-être abîmé l’appareil militaire iranien, mais elle n’a pas nécessairement supprimé la capacité politique, scientifique et stratégique de l’Iran à rester dans la partie.
À Washington, la guerre devient aussi un problème intérieur. La Chambre des représentants américaine a voté une mesure visant à empêcher Donald Trump de poursuivre la guerre contre l’Iran, signe que même dans son propre camp la durée du conflit, son coût et ses conséquences économiques commencent à inquiéter. La hausse des prix du pétrole et les perturbations dans le détroit d’Ormuz pèsent directement sur les marchés et sur les opinions publiques. Une guerre lointaine devient très vite une guerre domestique quand elle se retrouve dans le prix de l’essence, du transport et de l’alimentation.
Où en est-on exactement ? Dans une zone grise très dangereuse : ni guerre totale assumée, ni paix véritable. Les frappes continuent, les négociations aussi. L’Iran n’est pas à genoux, mais il est sous pression. Les États-Unis ne veulent pas apparaître comme enlisés, mais ils le sont déjà partiellement. Israël veut empêcher toute reconstitution militaire iranienne ou pro-iranienne, mais son action entretient l’extension du conflit. Et au milieu de tout cela, le détroit d’Ormuz reste le nerf du monde : si cette artère énergétique se ferme réellement, la guerre changera d’échelle.
La vérité brutale, c’est que personne n’a encore gagné.
L’Iran a perdu une partie de sa liberté d’action, mais il conserve des moyens de nuisance considérables. Les États-Unis ont montré leur force, mais pas leur capacité à imposer une sortie politique propre. Israël a frappé fort, mais se retrouve pris dans un engrenage régional. Le risque principal n’est donc pas seulement une grande offensive spectaculaire : c’est l’accumulation d’incidents, de ripostes, de malentendus et de calculs cyniques jusqu’au moment où plus personne ne contrôlera vraiment la guerre.
