Areski Belkacem est mort le 1er juin 2026 à l’âge de 86 ans. Derrière ce nom discret se cachait pourtant l’un des architectes les plus singuliers de la musique française contemporaine.
Lorsque l’on évoque Brigitte Fontaine, on pense immédiatement à sa voix, à sa liberté, à sa poésie insolente, à son refus de toutes les conventions. Mais derrière cette œuvre hors normes se trouvait un compagnon de route essentiel : Areski. Pendant plus d’un demi-siècle, il a composé, arrangé, accompagné et façonné l’univers sonore de celle qui allait devenir une figure majeure de la culture française.
Né à Versailles en 1940 dans une famille kabyle, il grandit entouré des musiciens algériens qui fréquentent le restaurant familial. Très tôt, il développe une culture musicale ouverte à toutes les influences : le chaâbi, le jazz, les musiques populaires, les traditions orientales comme les expérimentations les plus radicales. Cette curiosité ne le quittera jamais.
Sa rencontre avec Jacques Higelin pendant le service militaire puis avec Brigitte Fontaine à la fin des années 1960 va changer le paysage de la chanson française. Ensemble, ils inventent un territoire artistique inédit où la poésie rencontre le théâtre, où les musiques du monde croisent le jazz libre et où l’improvisation devient un langage. L’album Comme à la radio, enregistré avec l’Art Ensemble of Chicago, demeure aujourd’hui encore une référence absolue de l’avant-garde francophone.
Contrairement à beaucoup de compositeurs, Areski n’a jamais cherché la lumière. Il semblait même s’en méfier. Alors que d’autres bâtissaient leur carrière sur leur image, lui préférait bâtir des œuvres. Barbara, Georges Moustaki, Sapho, Richard Galliano, Christophe ou encore Grace Jones croiseront sa route. Pourtant, il restera toujours fidèle à une forme de discrétion presque anachronique.
Cette discrétion explique sans doute pourquoi son importance est parfois sous-estimée. Car Areski n’était pas seulement le mari de Brigitte Fontaine. Il était l’un des grands inventeurs sonores de la chanson française. Un musicien capable de faire dialoguer l’Orient et l’Occident, la tradition et l’avant-garde, le populaire et l’expérimental.
Son dernier album, Long Courrier, paru en 2025, portait d’ailleurs un titre prémonitoire. Toute son existence aura ressemblé à ce long voyage artistique commencé dans les caves de Saint-Germain-des-Prés et poursuivi jusqu’à ses 85 ans passés.
Aujourd’hui, beaucoup saluent la disparition du compagnon de Brigitte Fontaine. L’histoire retiendra peut-être davantage encore la disparition d’un créateur libre, inclassable, qui n’a jamais accepté les frontières entre les genres, les cultures ou les disciplines.
Dans une époque obsédée par la visibilité, Areski Belkacem rappelle qu’il existe des artistes qui changent profondément leur époque sans jamais chercher à devenir des vedettes.
