Un minuscule morceau d’étiquette cousu dans un vêtement peut produire en moi la sensation très concrète d’une multitude d’aiguilles plantées sous la peau. La laine peut devenir un frottement continu de papier de verre sur les nerfs. Les coutures, les armatures, certaines matières rigides ou rugueuses ne sont pas de simples inconforts : elles envahissent l’espace de ma conscience jusqu’à rendre mon corps inhabitable.
J’ai besoin de tissus doux, souples, fluides, presque silencieux. De vêtements qui ne retiennent pas le mouvement, ne grattent pas, ne compriment pas, ne rappellent pas leur présence à chaque seconde. J’ai besoin de sentir mon corps libre, mobile, respirant facilement à l’intérieur de ce qu’il porte.
Les odeurs aussi me traversent avec une force inhabituelle. Certaines sont presque cartographiques. Mon odorat dessine des présences dans l’espace. Je peux savoir qu’une personne se trouve dans une autre pièce, parfois à un autre étage, avant même de la voir ou de l’entendre.
Certaines odeurs me bouleversent physiquement. Les odeurs grasses, de friture, de sauce, s’imposent à moi comme une matière épaisse, collante, saturante ; elles peuvent déclencher immédiatement la nausée, le rejet, une sensation d’envahissement.
La lumière possède également une qualité presque magnétique. La lumière naturelle du soleil m’attire, me happe, m’ouvre. Elle produit en moi quelque chose de vivant, d’organique, de profondément régulateur. À l’inverse, les néons me blessent. Leur lumière froide, uniforme, sans respiration, agit sur mon système nerveux comme une pression invisible. Je me sens alors prise dans un étau lumineux, comprimée de l’intérieur.
