Ma mère. Ma maman. Mon bourreau.

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Ma mère. Ma maman. Mon bourreau.

Ma mère. Ma maman. Mon bourreau.
Trois figures logées dans le même corps.
Trois climats vivant sous le même toit intérieur

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La femme qui m’a portée. Celle dont je cherchais désespérément la chaleur, l’approbation, la preuve tranquille que j’étais acceptable telle que j’étais. Celle aussi contre laquelle une partie de moi passait son temps à lutter pour survivre sans se dissoudre.

Tout devait fonctionner selon son ordre.
Selon ses plans, ses règles implicites, ses calibrages minutieux avec le réel.

C’était ainsi que les choses devaient être faites.
Et c’est tout.

Pas de demi-mesure.
Pas de subtilité respirable.
Pas de nuance.
Pas d’imperfection.
Pas de trouble autorisé.

L’erreur semblait moins être une erreur qu’une faute de structure.
Elle était la chef de chantier de ma vie.

Et moi, je me débattais pour conquérir quelque chose d’aussi élémentaire qu’un droit d’exister sans devoir m’arracher entièrement à moi-même.

Je construisais des repères invisibles.
Des architectures secrètes.
Des arrangements sensoriels, spatiaux, psychiques.

Pour les autres, cela paraissait insignifiant, bizarre, inutile, excessif.
Pour moi, c’était vital.

Des bouées de sauvetage disséminées dans une mer intérieure trop agitée.
Des phares allumés la nuit pour guider mes bateaux perdus.

Une ancre pour ne pas être emportée par un huis clos dense, écrasant, saturé de contrôle, qui menaçait d’anéantir tout ce qui faisait ma sensibilité, ma singularité, ma manière propre d’habiter le monde.

Longtemps, elle a tenté d’effacer certaines traces visibles de ma différence.
Certains de ces repères qu’elle avait malgré tout réussi à démasquer.
Elle les faisait exploser sous mes yeux.
Presque pédagogiquement.
Comme pour me montrer que je devais apprendre à vivre sans eux.

Sans mes appuis.
Sans mes cadres.
Sans mes étranges systèmes de survie.
Sans cette version de moi qui insistait malgré tout pour continuer à exister.

Mais plus elle tentait de tout démolir, plus je reconstruisais.
Plus solidement.
Plus profondément.

Mes cadres de survie, elle les lisait comme des offenses.
Selon elle, j’avais un problème d’adaptation.

Je ne faisais pas assez d’efforts.
Sous-entendu : j’étais égoïste.
Difficile.
Une fille au mauvais comportement.

Ses remarques arrivaient comme des coups nets.
Des sentences.

Des verdicts humiliants, parfois lancés devant les autres, devant l’assemblée, avec cette violence particulière de l’exposition publique qui vous laisse le visage brûlant et le corps sans refuge.

J’avais honte de moi
Honte de mes réactions.
Honte de mes besoins.
Honte de mon incapacité à devenir simple, facile, conforme.

Mais devenir celle qu’elle espérait me rendait malade autrement.

Plus silencieusement.
Comme une lente intoxication de l’âme.

J’étais prise entre ses jugements et ma volonté presque désespérée de bien faire.
Je voulais tellement réussir à être la fille qu’elle pourrait enfin regarder avec soulagement.
Mais rien ne tombait jamais exactement à l’endroit où elle l’attendait.

À ma propre honte se mêlait une autre honte, plus trouble, plus difficile à reconnaître : la honte que j’éprouvais envers elle.

Honte de son attitude.
Honte de son intransigeance.
Honte de cette dureté inflexible qui semblait confondre amour et redressement.

Elle était impitoyable.
Et pourtant, elle m’aimait.
Je le sentais.

Mais d’un amour traversé par un espoir obstiné : celui que je finisse enfin par prendre son chemin, habiter sa logique, porter sa manière d’être au monde comme une seconde peau.

Cela n’arriva jamais.

Je me sentais comme un vilain petit canard perdu dans un décor construit pour une autre espèce.

Trop intense.
Trop étrange.
Trop sensible.

Et pourtant déjà traversée d’une force confuse, d’une conscience aigüe de ma différence, d’une forme de magnétisme indocile.

Un vilain petit canard.

Mais sexy selon les gens.

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le 27/05/2026
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