Miroir, mon beau miroir ou le bouc émissaire comme masque de soi

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Miroir, mon beau miroir ou le bouc émissaire comme masque de soi

L’expression « bouc émissaire » vient de la Bible, plus précisément du livre du Lévitique, dans le rituel juif du Yom Kippour.
Lors de cette cérémonie, deux boucs étaient choisis. L’un était sacrifié à Dieu, l’autre recevait symboliquement les fautes du peuple avant d’être chassé dans le désert.
Ce second animal portait les péchés de la communauté : il devenait le « bouc

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émissaire ».
Le mot « émissaire » vient du latin emissarius, dérivé de emittere, qui signifie « envoyer dehors ». Le bouc était donc l’animal « envoyé au loin » avec les fautes collectives.
Au fil du temps, l’expression a pris un sens figuré : une personne qu’un groupe accuse injustement pour lui faire porter la responsabilité d’un problème ou d’une crise.
L’anthropologue, historien, théologien et philosophe René Girard analyse ses mécanismes dans ses travaux sur la violence et les sociétés humaines.
Selon lui, un bouc émissaire est une victime qu’un groupe accuse collectivement d’être responsable d’une crise ou d’un désordre, afin de canaliser sa violence et rétablir son unité.
Toujours selon René Girard, l’une des causes de ces crises et désordres réside dans le désir.
D’après la théorie girardienne, le désir humain est mimétique : nous désirons les choses parce que d’autres les désirent. Ce mimétisme crée des rivalités, car plusieurs individus finissent par convoiter le même objet, le même statut ou le même pouvoir. La violence naît donc moins des différences entre les humains que de leur ressemblance et de leur imitation mutuelle.
Quand cette rivalité se propage dans une communauté, elle peut provoquer une crise mimétique : chacun devient l’ennemi de chacun, les distinctions sociales s’effondrent et la société risque le chaos.
Pour sortir de cette spirale, les sociétés archaïques auraient trouvé un mécanisme inconscient : le bouc émissaire. Toute la violence collective se concentre sur une seule victime accusée d’être responsable du désordre. Son exclusion ou son sacrifice rétablit temporairement la paix sociale.
À une échelle individuelle, il arrive également qu’une personne transforme autrui en bouc émissaire afin de masquer ses propres fautes, ses faiblesses, ses incapacités ou la bassesse de ses actes.

L’éternel « ce n’est pas moi » ou le savoureux « ce n’est pas ma faute », à l’instar du vicomte de Valmont dans Les Liaisons dangereuses, maître dans l’art de détourner la responsabilité de ses propres manipulations.
Car il est souvent plus simple d’accuser un tiers de ses propres vilénies que de se regarder dans le miroir et d’affronter une vérité dérangeante et douloureuse.

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le 16/05/2026
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