Festival du Cinéma Chinois en France : Zhang Yimou, Jia Zhangke et Isabelle Huppert réunis à Paris pour une édition très ambitieuse
Le cinéma chinois continue son implantation culturelle en France avec une ampleur qui n’a plus rien d’anecdotique. La 11e édition du Festival du Cinéma Chinois en France s’est ouverte au Pathé Palace à Paris dans une ambiance à la fois prestigieuse, diplomatique et profondément cinéphile. Pour la première fois, cette cérémonie d’ouverture se tenait dans cette nouvelle salle parisienne devenue en quelques mois un symbole du retour du grand cinéma en salle.
Et le signal envoyé était fort. Sur scène ou à distance, plusieurs figures majeures du cinéma mondial étaient réunies autour de cet événement devenu stratégique dans les échanges culturels entre la Chine et la France. Le réalisateur Zhang Yimou, immense auteur de Vivre !, Le Sorgho rouge ou Hero, ambassadeur de cette édition, a adressé un message vidéo depuis Cannes où il a rappelé le rôle central de la France dans l’histoire du cinéma mondial. Son nouveau thriller Scare Out était projeté en avant-première devant plusieurs centaines d’invités.
Mais la soirée a surtout été marquée par une impression assez rare aujourd’hui : celle d’un vrai respect mutuel entre deux grandes traditions du cinéma d’auteur. Isabelle Huppert, invitée d’honneur, a résumé cela avec une formule simple mais forte : « Le cinéma, c’est aussi un art vertueux, un art de paix. » Une déclaration qui résonne dans une époque saturée de tensions géopolitiques et de conflits culturels.
La présence surprise du cinéaste Jia Zhangke, l’un des plus grands réalisateurs chinois contemporains, a aussi donné un poids particulier à cette ouverture. Son intervention rappelait que le cinéma chinois ne se résume plus à quelques grands maîtres historiques mais repose désormais sur une nouvelle génération extrêmement prolifique. Chaque année, près d’un millier de films sont produits en Chine, dont une immense partie portée par de jeunes réalisateurs encore inconnus du grand public européen.
Derrière le glamour et les discours officiels, cette cérémonie portait aussi un message beaucoup plus politique sur l’avenir du cinéma. Olivier Henrard, directeur général du CNC, a défendu avec vigueur le rôle irremplaçable des salles obscures face à la domination croissante des plateformes et des contenus numériques consommés seuls sur téléphone ou tablette. Son intervention ressemblait presque à un manifeste pour sauver l’expérience collective du cinéma.
L’ambassadeur de Chine en France, Deng Li, a lui insisté sur la capacité du cinéma à faire découvrir l’âme d’un pays mieux que n’importe quel discours diplomatique. Et c’est probablement là le vrai enjeu de ce festival : utiliser le cinéma comme un immense outil de compréhension mutuelle à un moment où les blocs culturels mondiaux se regardent souvent avec méfiance.
Cette édition 2026 montre aussi que le cinéma chinois veut désormais sortir des cercles spécialisés ou parisiens. Jusqu’au 30 juin, le festival va circuler dans dix villes françaises avec une programmation volontairement très large : thrillers, drames sociaux, animation, films historiques, documentaires technologiques et grands classiques restaurés. Parmi eux figure notamment La Divine de Wu Yonggang dans une version 4K inédite en France, mais aussi Shenzhou 13, premier documentaire tourné en 8K dans l’espace.
Depuis sa création en 2011, le Festival du Cinéma Chinois en France a attiré plus de 250 000 spectateurs et projeté plus d’une centaine de films. Ce qui pouvait apparaître autrefois comme un simple événement diplomatique est devenu un véritable rendez-vous culturel installé dans le paysage français. Et au vu de l’influence grandissante de la culture coréenne, japonaise ou chinoise sur les écrans européens, cette montée en puissance n’a probablement rien de provisoire
