Mathieu Delormeau : ascension, addictions, excès… la lente chute d’un enfant gâté du PAF
Pendant des années, Mathieu Delormeau a incarné une certaine télévision de l’époque Bolloré-Hanouna : rapide, nerveuse, narcissique, spectaculaire, faite d’ego, de buzz et de surexposition permanente. Un garçon intelligent, cultivé, capable d’autodérision, avec une vraie présence à l’écran, mais aussi un homme qui semble depuis longtemps lutter contre lui-même.
Son parcours raconte presque une tragédie moderne du paysage audiovisuel français : celui d’un animateur arrivé très haut très vite, adulé, surpayé, surexposé… puis progressivement englouti par ses excès, ses addictions supposées, ses fragilités psychologiques et une forme d’autodestruction médiatique permanente.
Avant la télévision, Delormeau n’est pourtant pas un profil “trash” ou marginal. Né dans un milieu privilégié, diplômé d’école de commerce, il travaille dans la finance avant de bifurquer vers les médias. Très vite, il comprend quelque chose d’essentiel : à la télévision, l’intelligence seule ne suffit pas. Il faut créer un personnage.
Sur NRJ 12 puis surtout dans Touche pas à mon poste !, il construit alors une identité hybride très efficace : mélange de snobisme assumé, de fragilité affective, de provocations sexuelles, d’autodérision et de petites humiliations acceptées publiquement. Chez Cyril Hanouna, cela fonctionne parfaitement. TPMP adore les personnages excessifs, instables, émotionnels. La mécanique du programme repose justement sur cela : pousser les personnalités à bout pour fabriquer du spectacle.
Et Mathieu Delormeau devient rapidement l’un des piliers du système.
Mais derrière les rires et les clashs permanents, beaucoup décrivent un homme profondément anxieux, hypersensible, obsédé par son image et par le regard des autres. Plusieurs séquences télé ont laissé apparaître un vrai mal-être : fatigue extrême, moments de confusion, absences répétées, comportements jugés imprévisibles, tensions avec la production, départs soudains puis retours incessants.
Depuis plusieurs années, les rumeurs autour de ses addictions circulent régulièrement dans le milieu médiatique parisien. Lui-même a parfois évoqué ses fragilités psychologiques, sa solitude, ses périodes de dépression ou ses difficultés à gérer la célébrité. Sans toujours tout nommer explicitement, il a laissé entendre à plusieurs reprises qu’il traversait des phases de grande détresse.
Le problème, c’est que le système TPMP protège autant qu’il détruit.
Dans les coulisses, beaucoup d’anciens chroniqueurs décrivent une atmosphère ultra intense, affective, parfois toxique, où les fidélités changent vite, où tout repose sur la proximité avec Hanouna et où la frontière entre vie privée et spectacle finit par disparaître. Quand un chroniqueur est fort, il devient indispensable. Quand il vacille, le système peut aussi transformer sa fragilité en contenu.
Et Delormeau est devenu malgré lui un personnage parfait pour cette mécanique : brillant mais fragile, drôle mais instable, attachant mais incontrôlable.
Son rapport à Hanouna fascine d’ailleurs beaucoup le milieu audiovisuel. Entre admiration, dépendance professionnelle, tensions, ruptures théâtrales et réconciliations publiques, leur relation ressemble parfois à celle d’un clan plus qu’à un simple duo patron-chroniqueur. Hanouna lui a souvent tendu la main publiquement. Mais cette protection médiatique a aussi pu retarder certaines remises en question profondes.
Aujourd’hui, une partie du métier semble avoir perdu confiance. Dans la télévision moderne, les chaînes tolèrent de moins en moins les comportements imprévisibles, surtout dans un contexte où l’image publique devient un enjeu commercial majeur. Les annonceurs, les plateformes et les diffuseurs veulent des profils maîtrisés, “safe”, fiables.
Et c’est peut-être là le vrai danger pour Mathieu Delormeau : non pas un scandale précis, mais une accumulation. Une lente usure de réputation. Une impression permanente de chaos personnel.
Le plus troublant dans son histoire, c’est qu’il n’a jamais complètement perdu le talent qui l’avait rendu populaire. Même dans ses périodes les plus confuses, il garde quelque chose de vif, de drôle, parfois de très touchant. Mais certaines personnalités médiatiques finissent prisonnières du personnage qu’elles ont fabriqué elles-mêmes.
Et la télévision française adore ce type de destin : elle fabrique des créatures médiatiques excessives… puis regarde leur chute presque comme une série en direct.
