Autisme, hypersensibilité et création : survivre à un monde trop intense grâce à l’art
Je vis dans un monde où tout arrive trop vite ou trop fort, où les détails prennent la place des évidences, où chaque sensation laisse une empreinte entière. Rien ne glisse. Tout s’imprime. Et sans issue, cela s’accumule, comme un souffle retenu trop longtemps.
Alors je créer.
Quand je retourne dans le rythme de la vie, tout s’active à contre-sens, et dans un temps qui n’est pas le mien. Une machine avec un gros moteur qui ne s’arrête pas. Un manège sensationnel que les autres aiment prendre.
Comment raconter ce voyage intime et profond que j’ai traversé ? Où se trouve le bouton « pause » de ce manège non-enchanté ?
Socialement, et par habitudes, certains visages, peuvent me sourire.
J’entends : « je suis vraiment content de vous revoir ! »
Je sens de la sincérité dans les regards. Je sens de la faiblesse aussi. Ils sont roses et vert à la fois. C’est abstrait pour moi.
Aucun ne serait venu me sauver. Aucun n’a cherché à me récupérer de cette expédition extrême de mon être. Aucun ne savait, aucun ne se doute. Il est difficile, voir impossible de s’extraire d’un manège en action.
Mais, moi, je reviens, armée d’une carapace en titane. Le vide, j’en ai exploré le fond. Ma solitude est remplie de moi-même. J’ai réactivé la création, le dessin, l’écriture. Je reviens d’un enfer interne, et j’ai des choses à dire au monde.
Cette expérience, ce voyage spirituel, je veux vous le transmettre.
J’ai tout arraché, tout saboté, tout écrasé, tout brûlé, tout disséqué pour revenir en acceptant ce que je suis. Retrouver la société, c’est retrouver un fil, une rampe, une barre de métro, un couloir de bus. Je reviens avec une histoire, un vécu en mots, un parcours initiatique. Je me sens messagère. Celle qui a survécu.
Tenir coûte que coûte, tenir debout dans ce chaos, celui de la vie.
Ce quotidien, évident pour vous, est un enfer pour moi. C’est d’une simplicité déconcertante pour tous, et d’une difficulté effarante pour moi.
Gravir le Mont Blanc, me semble moins difficile. Ecrire un livre, me semble moins difficile. Créer des oeuvres, moins difficile. Apprendre, moins difficile.
Chaque jour, je dois affronter votre normalité, mais moi, elle bouscule mon intérieur en séisme émotionnel, en zone de guerre. Je suis en alerte rouge, noire. Mes entrailles s’y consument. Il y a en moi un volcan en irruption avant l’explosion, avant la coulée de lave. Je me prépare, je me parle, je me conditionne. Créer, devient alors mon rempart, ma nécessité, ma capacité, mon anti-dérapage, mon anxiolytique.
Créer pour exister.
Créer pour respirer.
Créer n’a jamais été un loisir. Mais une nécessité vitale. Une fonction respiratoire.
Créer c’est ouvrir la fenêtre dans ma tête. C’est donner une forme à ce qui est diffus, envahissant, où impossible à dire.
Là où les mots ordinaires échouent, moi, j’invente mon propre langage : couleurs, sons, rythmes, images.
Je traduis le monde dans une langue qui enfin m’appartient.
Créer, c’est remettre de l’ordre sans appauvrir. C’est aligner ce qui déborde, relier ce qui était épars.
Créer me permet de rendre habitable le réel.
Tant que tout reste à l’intérieur, je suis saturée, comprimée, absente de moi-même. Mais dès que je pose un mot, un son, un geste, quelque chose circule.
L’air revient.
Créer, c’est exister sans me trahir. Pas en imitant, pas en m’ajustant aux autres, mais en laissant apparaître exactement ma façon d’être au monde, précise, sensible, singulière.
C’est mon autorisation à être ce que je suis. Pas celle que les autres me donnent.
Créer, c’est le droit d’être moi, sans filtre, sans réduction.
Dans ce territoire exigeant, dans cet espace de création infini, je n’ai plus besoin de me cacher pour respirer.
Ma tenue de camouflage, enfin retirée.
