Coming-out. Autisme, écriture et vérité : naître à soi-même
Ces dernières années, j’ai traversé une période très intense, à la fois dans ma vie et à l’intérieur de moi.
Il y a eu des ruptures importantes, essentielles qui m’ont profondément ébranlée. Et au milieu de cela, presque sans que je le décide, j’ai commencé à écrire. Écrire mon histoire, une autobiographie et un manifeste sur l’Art. Quelque chose en moi cherchait, depuis longtemps, un autre passage pour se dire que le dessin et les couleurs.
Mon livre est né comme une nécessité. Un cri qui ne supportait plus le silence.
J’ai revisité des souvenirs, des ressentis, des fragments de vie restés sans mots, des souffrances longtemps contenues. En écrivant, je n’ai pas seulement raconté mon passé. J’ai plongé en moi. Parce qu’à certains endroits, je me perdais à être ce que je suis.
Peu à peu, des lignes invisibles se sont dessinées. Ce qui était épars, éclaté, disloqué, a commencé à se relier. Des choses que je ne comprenais pas en moi, ont commencé à faire sens.
Comme un marécage devenant une rivière plus claire.
Et avec cela, une réalité plus difficile aussi : celle d’avoir souvent été perçue à travers ma différence, comme étrangère au sein des miens. Personne ne comprenait vraiment ce qui se jouait. Et moi, je n’avais pas les mots pour l’expliquer.
J’ai souvent eu le sentiment d’être jugée trop vite, ou mise à l’écart pour quelque chose qui m’échappait.
Ce rejet, souvent silencieux, parfois dissimulé, a laissé en moi une trace profonde.
Pendant longtemps, j’ai cru que le monde fonctionnait, pensait, ressentait, voyait comme moi.
Découvrir que ce n’était pas le cas a été une révélation, un bouleversement intérieur.
Alors j’ai cherché à comprendre, avec sérieux et patience. Ce n’est pas une intuition posée sur moi comme une étiquette. C’est le résultat d’un cheminement, d’une recherche, et d’un travail médical qui a duré près de deux années pour approcher au plus près de mon fonctionnement neurologique.
De nombreuses séances d’EMDR, des tests Neuropsychologiques, des entretiens avec un médecin psychiatre.
Au terme de ce parcours, les mots sont venus.
Je suis sur le spectre de l’autisme, ce qu’on appelait autrefois syndrome d’Asperger. J’ai aussi découvert que j’ai un fonctionnement particulier, souvent désigné comme haut potentiel intellectuel, ainsi qu’une forme de synesthésie.
Recevoir ces mots à mon âge a été un choc.
Soudain, quelque chose s’alignait.
Mes difficultés, mes décalages, mes incompréhensions prenaient sens. Alors, des émotions fortes ont émergé. Une colère, sourde. Celle de ne pas avoir su plus tôt. Celle aussi de m’être longtemps adaptée à une norme qui ne me correspondait pas.
Aujourd’hui, je peux dire simplement ceci :
Je fonctionne différemment.
Je perçois des détails, des ambiances, des textures, des nuances que d’autres ne remarquent pas.
Les mots, pour moi, ne sont pas seulement des mots. Ils deviennent des images. Les images portent des couleurs. Et les couleurs résonnent.
C’est une manière d’habiter le monde à la fois riche et envahissante, évidente pour moi, mais longtemps restée invisible pour les autres.
Parce que je pensais que tout le monde vivait cela.
Et en même temps, certaines situations, notamment sociales, me demandent plus d’énergie, plus d’ajustement.
Ce que je vis n’est pas toujours visible.
Mais c’est réel.
Ce que je comprends aujourd’hui, c’est que je ne suis pas devenue quelqu’un d’autre. Je suis en train de reconnaître, enfin, celle que j’ai toujours été.
