Enfants de couples gays ou lesbiens : deviennent-ils moins souvent hétérosexuels ? Ce que disent vraiment les études
La question est explosive parce qu’elle touche à deux peurs très françaises : celle de l’influence et celle de la filiation. Est-ce qu’un enfant élevé par deux femmes ou deux hommes a plus de chances de devenir homosexuel, bisexuel ou queer ? La réponse la plus honnête est la suivante : les études ne montrent pas que les parents “fabriquent” l’orientation sexuelle de leurs enfants, mais certaines recherches récentes observent que les enfants élevés dans des familles lesbiennes ou gays déclarent parfois un peu plus souvent une orientation non strictement hétérosexuelle. La nuance est capitale. Ce n’est pas la même chose de dire “ils deviennent gays à cause de leurs parents” et de dire “ils grandissent dans un environnement où ils peuvent plus facilement dire ce qu’ils ressentent”.
L’orientation sexuelle ne se transmet pas comme une langue maternelle, une religion ou une opinion politique. Elle désigne une attirance affective, romantique ou sexuelle durable envers des personnes d’un ou plusieurs sexes, selon la définition classique de l’American Psychological Association. Les enfants de parents hétérosexuels peuvent devenir gays, les enfants de parents gays peuvent devenir hétérosexuels, et l’immense majorité des études sérieuses concluent surtout que le bien-être des enfants dépend beaucoup plus de la qualité des liens familiaux, de la stabilité, de l’amour, de la sécurité affective et du climat social que de l’orientation sexuelle des parents. Une revue de Cornell portant sur 79 études indique que 75 concluent que les enfants de parents gays ou lesbiens ne vont pas moins bien que les autres.
Mais il serait malhonnête de balayer complètement la question de l’orientation future. Certaines données, notamment issues de la National Longitudinal Lesbian Family Study, qui suit depuis 1986 des enfants nés dans des familles lesbiennes par insémination avec donneur, suggèrent que ces enfants devenus adultes s’identifient majoritairement comme hétérosexuels, tout en déclarant davantage de diversité dans leurs attirances ou leurs identités sexuelles que la population générale. Une étude publiée en 2024 résume ce point : les descendants adultes de mères lesbiennes restent majoritairement hétérosexuels, mais sont plus susceptibles de s’identifier comme LGB ou queer.
Comment l’expliquer ? Probablement pas par une “contagion” homosexuelle, idée grossière et scientifiquement faible. L’hypothèse la plus solide est celle du climat familial. Un enfant élevé par des parents gays ou lesbiens peut grandir avec moins de honte autour du sujet, moins de panique morale, moins d’obligation à jouer la comédie hétérosexuelle. S’il ressent une attirance différente, il peut la nommer plus tôt, plus librement, avec moins de peur. Autrement dit, ces familles ne créent pas forcément davantage d’enfants non hétérosexuels ; elles peuvent simplement produire moins de silence, moins de placard, moins de mensonge intime.
Il faut aussi rappeler que les études ont leurs limites. Les échantillons sont souvent modestes, parfois socialement situés, et les familles lesbiennes ou gays étudiées sont souvent des familles très volontaires, très investies, parfois plus conscientes des enjeux éducatifs que la moyenne. Cela ne rend pas les résultats faux, mais cela oblige à rester prudent. Le sujet est vite instrumentalisé : les militants anti-homoparentalité y voient une preuve de “danger”, certains militants pro-homoparentalité voudraient parfois nier toute différence mesurable. La réalité est plus fine : oui, il peut y avoir davantage de déclarations non hétérosexuelles dans certains groupes étudiés ; non, cela ne signifie pas que l’enfant a été orienté, manipulé ou privé d’une “normalité”.
La vraie question est peut-être ailleurs : pourquoi faudrait-il absolument que l’enfant devienne hétérosexuel pour que son éducation soit considérée comme réussie ? Un enfant va bien quand il peut devenir lui-même sans terreur, sans humiliation, sans devoir trahir ce qu’il ressent pour rassurer les adultes. Qu’il soit hétérosexuel, homosexuel, bisexuel ou autre, l’enjeu éducatif n’est pas de fabriquer une orientation conforme, mais un adulte libre, solide, capable d’aimer et d’être aimé. C’est moins spectaculaire qu’un slogan, mais beaucoup plus sérieux.
