Patrick Sébastien : du génie populaire au vieux clown amer ?
Il fut l’un des derniers vrais monstres sacrés du divertissement populaire français. Avant de devenir l’homme des sardines, des serviettes qu’on tourne et des chansons paillardes, Patrick Sébastien était un imitateur brillant. Un vrai. Un observateur fin, capable de capter une voix, une démarche, une époque. Puis il est devenu beaucoup plus qu’un amuseur : un faiseur de télévision.
Un artisan du prime à l’ancienne, généreux, spectaculaire, fédérateur. Avec Le Plus Grand Cabaret du Monde, Le Grand Bluff ou encore Carnaval, il a marqué l’histoire de la télé française en réunissant des millions de téléspectateurs autour d’un divertissement populaire, assumé, joyeux, souvent kitsch mais sincère.
Patrick Sébastien appartient à cette race d’hommes de télévision qui fabriquaient des émissions comme on monte un cirque : avec de l’instinct, de l’énergie et un sens presque animal du public. Il savait parler à la France dite “périphérique”, aux familles, aux provinciaux, aux fêtards, aux nostalgiques. Il incarnait une forme de gauloiserie rabelaisienne, parfois vulgaire, souvent excessive, mais terriblement efficace. Il faisait rire, danser, et parfois même pleurer. Il avait ce talent rare : celui d’être populaire sans demander pardon.
Mais voilà. Depuis son éviction de France Télévisions et son conflit obsessionnel avec Delphine Ernotte, l’homme semble tourner en boucle. Les interviews se ressemblent. Les règlements de comptes aussi. Les sous-entendus deviennent lourds, les attaques répétitives, et désormais les provocations prennent parfois une tournure franchement embarrassante. Sa récente chanson paillarde visant directement Delphine Ernotte, jugée sexiste et vulgaire, pourrait même entraîner une plainte. À force de vouloir “dire tout haut ce que les gens pensent tout bas”, il finit parfois par ne plus dire grand-chose. Juste du bruit. Beaucoup de bruit.
Le problème n’est pas la colère. Elle peut être légitime. Patrick Sébastien a sans doute été humilié, mis de côté, caricaturé comme un dinosaure du paf. Il a probablement raison sur certains travers idéologiques ou élitistes du service public qu’il dénonce depuis des années. Mais la rancœur permanente finit par dévorer le message. Quand l’amertume devient un fonds de commerce, elle use. Quand la vengeance devient un spectacle, elle lasse. Et quand la provocation remplace l’esprit, elle rapetisse.
N’est pas Coluche qui veut. Coluche provoquait pour dénoncer. Il cognait avec une intelligence sociale, une vision politique, une humanité féroce. Patrick Sébastien, aujourd’hui, donne parfois l’impression de provoquer pour exister encore. Ce n’est pas la même musique. L’un dynamitait le système ; l’autre semble surtout régler ses comptes avec son ex-patronne. Il y a dans cette posture quelque chose de triste : un immense talent qui se caricature lui-même.
Et c’est sans doute cela qui dérange le plus. On n’a pas envie d’abîmer Patrick Sébastien. On a envie de se souvenir du créateur de concepts dingues, du bateleur inspiré, du populaire flamboyant. Pas du vieux potache aigri qui radote ses blagues grasses comme un ancien combattant de la télé en guerre contre son époque.
Patrick Sébastien restera dans l’histoire de la télévision française. C’est incontestable. Mais les légendes aussi peuvent très mal vieillir.
Et parfois, à force de vouloir rester libre, on finit juste par devenir prisonnier de sa propre rancune.
