Mort de Pierre Mollo : hommage au biologiste français qui a consacré sa vie au plancton

Mort de Pierre Mollo : hommage au biologiste français qui a consacré sa vie au plancton

Il est des disparitions qui laissent un silence particulier. Celle de Pierre Mollo en fait partie. Avec lui s’éteint l’un des plus grands passeurs de science français, un homme qui aura consacré toute sa vie à défendre ce que presque personne ne voit : le plancton.

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Né à Port-Louis, profondément attaché à la mer et à la Bretagne, Pierre Mollo n’avait rien du scientifique académique enfermé dans un laboratoire. Son parcours fut singulier. Avant de devenir biologiste marin, enseignant et chercheur, il a connu un itinéraire atypique. Passé par un CAP d’ajusteur, il aurait même pu devenir comédien tant il possédait ce talent rare de raconter, captiver, transmettre. Finalement, c’est la mer qui l’a rappelé à lui.

Spécialisé dans l’étude du plancton marin, il a très tôt compris que cet univers microscopique constituait l’un des fondements de la vie sur Terre. Le phytoplancton produit près de la moitié de l’oxygène que nous respirons. Le zooplancton nourrit l’ensemble de la chaîne alimentaire marine. Le plancton régule aussi le climat en captant du carbone. Pierre Mollo répétait inlassablement que protéger le plancton revenait à protéger l’humanité elle-même.

Là où beaucoup de scientifiques publient dans l’ombre, lui a choisi la lumière. Ou plutôt, il a choisi de mettre en lumière l’invisible. Enseignant-chercheur pendant des années au CEMPAMA de Brest, il a multiplié les conférences, les ateliers pédagogiques, les interventions scolaires et les actions citoyennes. Il voulait que les enfants regardent une goutte d’eau au microscope comme on regarde une galaxie.
En 2003, il fonde l’Observatoire du Plancton à Port-Louis, dans le Morbihan. Une structure pionnière qui sensibilise le grand public, les scolaires et les professionnels de la mer à l’importance des milieux aquatiques. L’association mène des suivis planctoniques, des analyses de l’eau, des formations, et œuvre encore aujourd’hui pour faire découvrir « la vie dans une goutte d’eau ».

En 2005, il lance le projet Plancton du Monde avec Océanopolis. Son ambition : rendre le plancton accessible au plus grand nombre grâce à des expositions, des conférences et des outils pédagogiques innovants. Son combat dépasse alors la Bretagne et même la France.

Après sa retraite en 2009, il devient ce qu’on pourrait appeler un missionnaire du plancton. Il parcourt le monde pour créer des observatoires et accompagner des projets au Bénin, en Ukraine, au Cambodge, au Vietnam, en Argentine, en Espagne ou encore en Chine. Au lac Victoria, il travaille sur des nurseries de plancton pour relancer la production de tilapia. Au Tchad, il accompagne le développement de la spiruline.

Car Pierre Mollo croyait aussi que le plancton pouvait nourrir le monde. En 2010, il crée l’association Plancton et Innovations pour promouvoir l’usage alimentaire des microalgues comme la spiruline, la chlorelle ou l’odontelle. Il coréalise aussi le documentaire La cuisine au plancton, mêlant science, gastronomie et écologie.
Auteur de plusieurs ouvrages marquants comme L’Enjeu plancton ou plus récemment Plancton marin : la vie dans une goutte d’eau, il a su transformer un sujet scientifique complexe en aventure poétique et politique. Il avait cette phrase simple : « Le plancton, ça concerne tout le monde. »

À l’heure du réchauffement climatique, de l’acidification des océans et de la pollution plastique, son message apparaît presque prophétique. Le plancton est un indicateur majeur du changement climatique. Sa raréfaction ou sa modification bouleverse toute la vie marine et l’équilibre de la planète.

Son décès laisse un vide immense dans le monde scientifique, éducatif et écologique. Mais il laisse aussi une œuvre immense. Des milliers d’enfants ont découvert grâce à lui qu’une goutte d’eau était un monde. Des citoyens ont compris que l’océan commence dans l’infiniment petit. Des vocations sont nées.

Dans une époque obsédée par le spectaculaire, Pierre Mollo aura consacré sa vie à l’infiniment petit. Et c’est peut-être cela, sa grandeur.

Le Mague salue la mémoire d’un homme libre, passionné, érudit, et profondément utile. Un homme qui nous aura appris qu’en regardant mieux une simple goutte d’eau, on peut comprendre la planète entière.

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le 23/04/2026
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