Pourquoi Citizen Kane d’Orson Welles est considéré comme l’un des plus grands films de tous les temps
Sorti en 1941, Citizen Kane n’est pas seulement un film culte. C’est une rupture. Une fracture dans l’histoire du cinéma. Ceux qui le placent au sommet ne le font pas par snobisme ou nostalgie, mais parce qu’il a littéralement redéfini ce que le cinéma pouvait être.
D’abord, il y a la mise en scène. Orson Welles a 25 ans, aucune expérience au cinéma, et pourtant il explose les codes. Avec son chef opérateur Gregg Toland, il impose le “deep focus”, cette profondeur de champ où tout est net, du premier au dernier plan. Résultat : le spectateur n’est plus guidé, il choisit où regarder. C’est une révolution silencieuse, mais fondamentale. Aujourd’hui, ça paraît évident. À l’époque, c’est un choc.
Ensuite, la narration. Le film commence par la mort de Kane et remonte sa vie à travers des témoignages fragmentés. Pas de vérité absolue, seulement des points de vue. Ce puzzle narratif annonce des décennies de cinéma moderne. Avant ça, Hollywood racontait des histoires de façon linéaire, confortable. Là, le spectateur doit reconstruire lui-même le sens. C’est presque du journalisme filmé, une enquête sur un homme et sur le vide qu’il laisse derrière lui.
Et puis il y a le personnage. Charles Foster Kane, magnat de la presse, inspiré de William Randolph Hearst, est à la fois fascinant et pathétique. Tout-puissant, riche, adulé… et profondément seul. Le fameux “Rosebud” n’est pas juste un gimmick scénaristique, c’est une idée simple et brutale : derrière les empires, il y a parfois un manque d’enfance jamais réparé. Le film touche quelque chose d’universel, presque intime.
Techniquement, Citizen Kane est aussi en avance sur tout : angles de caméra inhabituels, plafonds visibles (rarissimes à l’époque), jeux d’ombres inspirés de l’expressionnisme, montage audacieux. Chaque plan semble pensé comme une déclaration. Rien n’est décoratif, tout raconte.
Mais attention à ne pas tomber dans le piège : dire que c’est “le meilleur film de tous les temps” est une simplification. Ce qui est vrai, en revanche, c’est qu’il est l’un des plus influents. Sans lui, une partie du cinéma moderne n’existerait pas telle qu’on la connaît. Des réalisateurs comme Stanley Kubrick ou Martin Scorsese l’ont étudié comme une bible.
Alors pourquoi certains spectateurs d’aujourd’hui restent à distance ? Parce que le film demande un effort. Il ne séduit pas immédiatement, il ne “divertit” pas au sens moderne. Il impose un rythme, une esthétique, une intelligence. C’est un film qui ne te prend pas par la main.
Et c’est précisément pour ça qu’il fascine encore. Citizen Kane, ce n’est pas seulement un grand film. C’est un point de bascule. Un moment où le cinéma est devenu adulte.
