Le bruit des autres, le silence en soi.

Le bruit des autres, le silence en soi.

Le psychiatre me questionne :

Vous sentez-vous à l’aise dans les conversations de groupe ?

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Vous savez, pour moi cela ressemble à une mer agitée. Il y a beaucoup d’écume et peu de profondeur. Quand trop de voix parlent à la fois, les mots se vident de leur poids et deviennent du bruit. Les êtres parlent pour remplir l’air, moi j’écoute pour trouver un sens mais c’est souvent le silence que je rencontre. Comment vous dire que j’y suis mal, que c’est une souffrance invisible, que j’entends tout, que tout se mélange en moi, les sons, les couleurs, les discussions, les odeurs, que je capte autre-chose comme si je voyais tout ce qui n’intéresse personne, que tout est une sorte de trop-plein de sensations. Je ne sais pas quoi dire, je me sens démunie, idiote, timide, pas à ma place et surtout je trouve l’ensemble superficiel, inintéressant, je m’ennuie, je veux fuir.

J’ai l’étrange sensation qu’on me vole mon temps avec des multitudes de mots sans consistance.

C’est comme un jeu de société dont je serais la seule à ne pas avoir les règles.J’aime les discussions profondes, celles ou l’on rentre dans une sorte d’intimité, qu’il y ai de la profondeur, de l’ampleur, que j’y apprenne des choses. Ce que je recherche dans les conversations c’est la logique, la profondeur, un fil clair auquel me rattacher.

Les échanges sont pour moi comme des chemins et moi, j’aime suivre un sentier qui mène quelque-part. Dans un groupe je vois bien qu’il se passe autre chose et je n’en comprends pas le fonctionnement. Les paroles ressemblent à des plumes d’oiseaux emportées par le vent. On parle pour maintenir le lien, pour occuper l’espace, pour faire circuler la dynamique de groupe. Tout va trop vite, les sujets, les expressions du visage. Ça se brouille dans ma tête. Ça résonne. Des choses semblent se dire entre les lignes, dans les regards, des affreux sous-entendus que je n’arrive pas à décoder, des rires que je ne partage pas. Comprenez -vous que ma perception du monde est littérale et mon ressenti est intense voir extrême. Imaginez ce que cela peut me procurer ? Un sentiment étrange et permanent. Comme si les mots tournaient en rond sans jamais toucher le sol. Je m’y perds, sans repères. Alors je m’ennuie, pas parce que je ne m’intéresse pas aux autres, mais parce que je cherche une conversation qui creuse, qui explore vraiment une idée, une passion, une question, un concept. J’attends que les mots ouvrent une porte vers quelque chose de réel.

Dans un groupe, la conversation ressemble souvent à une surface d’eau mouvante. Il y a de l’excitation, beaucoup de bruit, mais peu de profondeur. C’est là que naît le sentiment de vide, de solitude. Je suis assise dans une pièce pleine de voix et pourtant personne ne parle vraiment de quelque chose. C’est comme un feu d’artifice fait de mots, il y a beaucoup d’étincelles dans l’air, mais rien ne reste assez longtemps pour éclairer mon ciel.

Je préfère les conversations à deux, les échanges longs et passionnés, les discussions où l’on peut suivre une idée jusqu’au bout. Parce que là les mots cessent de flotter, ils deviennent des sentiers, des chemins à explorer.

Alors, milieu des voix, je rencontre cette terrifiante solitude, celle d’entendre des mots qui ne me cherchent pas.

le 02/04/2026
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