Rima Hassan, fabriquer la suspicion pour éviter le débat
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Il existe une manière très efficace d’éliminer quelqu’un du débat public sans jamais affronter ce qu’il dit. Une méthode propre, rapide, presque invisible. On ne réfute pas ses idées. On installe un doute sur sa santé mentale. Rima Hassan est en train, malheureusement, de devenir un cas d’école.
Depuis qu’elle s’exprime frontalement sur la question palestinienne, le registre critique a glissé. On ne parle plus seulement de ses positions, on parle d’elle. De son ton. De sa supposée “obsession”. De sa “radicalité”. Et très vite, de quelque chose de plus insidieux, une forme de dérèglement.
Le mot n’est presque jamais prononcé clairement. Il est suggéré. Distillé. On dit qu’elle “s’emporte”, qu’elle “déraille”, qu’elle est “dans l’émotion”. Et derrière ces expressions anodines se construit une image : celle d’une femme dominée par une colère irrationnelle. Une femme qui aurait, pour le dire brutalement, “la rage”.
Ce glissement est tout sauf anodin.
Car à partir du moment où quelqu’un est perçu comme irrationnel, il n’est plus un interlocuteur. Il devient un problème. Et face à un problème, on ne débat pas — on écarte.
C’est une mécanique ancienne, presque archaïque. Dans l’histoire politique, les voix dérangeantes ont souvent été disqualifiées non pas sur leurs idées, mais sur leur prétendue instabilité. On hystérise, on psychologise, on animalise parfois. C’est plus simple que de répondre.
Dans le cas de Rima Hassan, cette stratégie trouve un terrain fertile. Parce qu’elle parle d’un conflit qui fracture profondément. Parce qu’elle le fait sans précaution excessive. Et parce qu’elle incarne, à elle seule, plusieurs lignes de tension : femme, engagée, issue d’une histoire personnelle liée à la Palestine.
Tout est réuni pour que le fond passe au second plan.
Son passage en garde à vue s’inscrit d’ailleurs dans cette zone grise où le judiciaire et le politique se frôlent dangereusement. Officiellement, il s’agit d’une procédure. Mais dans l’espace médiatique, l’effet est tout autre, une image, un soupçon, une mise à distance. Peu importe l’issue, le simple fait suffit à alimenter le récit d’une figure “à problème”.
La séquence est alors recyclée, commentée, amplifiée, non pour éclairer, mais pour fragiliser. Là encore, le débat se déplace. On ne discute plus de ce qu’elle dit, mais de ce qu’elle devient
