Cindy Gzaiel, se filmer pour ne pas disparaître, Trance Therapy, le film d’une vie à vif

Cindy Gzaiel, se filmer pour ne pas disparaître, Trance Therapy, le film d'une vie à vif

Au départ, il n’y a pas de scénario, pas de production calibrée, pas même l’idée claire de faire un film. Il y a une caméra, une fuite, et cette nécessité presque physique de garder une trace de ce qui vacille. Cindy Gzaiel ne cherche pas à faire du cinéma, elle cherche à survivre, et c’est précisément ce qui rend Trance Therapy si singulier.

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Pendant plusieurs années, elle se filme elle-même, sans filtre, sans stratégie, dans une accumulation d’images qui relèvent autant du journal intime que de l’acte de résistance. Le film naît là, dans ce geste brut, presque instinctif, où documenter sa vie devient une manière de ne pas disparaître. Le point de bascule se situe dans le Golan, territoire sous tension, marqué par la guerre, où une jeunesse danse pourtant jusqu’à l’épuisement dans des raves clandestines.

Une contradiction puissante, presque irréelle : des corps en transe au bord d’un monde qui menace de s’effondrer. Mais Cindy Gzaiel ne filme pas cette scène de l’extérieur, elle s’y jette, elle s’y dissout, elle en fait partie, et c’est là que Trance Therapy prend toute sa dimension, en refusant la distance confortable du documentaire classique pour devenir une expérience vécue, traversée de l’intérieur. La matière du film est brute, parfois dérangeante, toujours sincère.
On y voit des errances, des excès, des rencontres, des moments de vertige, mais aussi une blessure intime qui traverse tout le projet sans jamais être exploitée comme un ressort narratif facile.

Ce n’est pas un film sur le trauma, c’est un film avec le trauma, qui affleure, qui circule, qui imprime chaque image sans jamais être surligné. Et c’est cette retenue qui lui donne sa force. Parce qu’ici, rien n’est expliqué, tout est ressenti. Trance Therapy devient alors bien plus qu’un autoportrait : une tentative de reconstruction en temps réel, captée au moment même où elle se joue. Là où beaucoup racontent leur vie après coup, Cindy Gzaiel la filme pendant qu’elle se fracture et se recompose, dans une forme de mise en danger constante qui donne au film une intensité rare.

Le décor lui-même agit comme un miroir : du Golan à un Paris post-pandémie presque irréel, le monde extérieur semble répondre au chaos intérieur, comme si les deux finissaient par se confondre. Et au milieu de tout cela, la musique trance agit comme un fil, une échappatoire, une manière de tenir, de respirer, de continuer. Le film a été remarqué dans plusieurs festivals internationaux et récompensé, mais il reste volontairement en marge, difficile à classer, impossible à lisser.

Et c’est sans doute sa plus grande qualité. Trance Therapy ne cherche pas à plaire, il cherche à exister, à capter quelque chose de profondément contemporain : cette obsession de se filmer, non pas pour séduire ou se mettre en scène, mais pour ne pas perdre le fil de sa propre existence. Là où les réseaux sociaux fabriquent des illusions maîtrisées, Cindy Gzaiel expose le désordre, la fatigue, la faille, et c’est précisément là que le film devient juste. Trance Therapy n’est pas un film confortable, ni parfaitement structuré, mais il est vivant, et dans un paysage saturé de contenus propres et prévisibles, cette vitalité brute vaut largement toutes les constructions trop bien polies.

Voir le film en VOD :
https://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/76272

Bande-annonce :

le 27/03/2026
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