Dès les premières lignes, on est impressionné par la qualité de la langue et par les visions de l’œil et de l’oreille du narrateur - et de la narratrice qui lui répond en écho.
Caméra subjective dans le monde du travail, avatar du monde lui-même, modernisant Kafka et remettant Houellebecq dans son carton d’emballage, « Un monde parfait » est un livre atypique, courageux et précieux qui impose le respect et l’admiration élogieuse, qui nous emmène dans les dédales microcosmiques de l’entreprise capitaliste. De ses ressources inhumaines surtout.
Il ne faudrait pas pour autant croire que ce « monde parfait » soit austère à la lecture. Entre panoramique et travelling, on nous balade dans un espace hyper hiérarchisé où il faut composer son code pour boire son café, où tout est un protocole savamment programmé et sclérosant. Esclave moderne des habitudes et de l’absence de marge de manœuvre. Drame urbain, étouffante peinture sociétale. Dans ce monde parallèle, une femme aux cheveux drus et aux yeux noirs tente d’entrer en communication, un être bizarre fait irruption dans la pièce. Dans cet univers théâtralisé et minimaliste toutes les arrivées dans le champ de l’œil et de l’ouie sont possibles.
« Nous savons parfaitement que dehors aussi le monde est plat. Le monde est calme comme avant toute tempête. »
La menace gronde, impalpable comme un combat intérieur, comme une fuite de soi-même dans un jeu intellectuel précis et inquiétant.
L’enfermement sociétal est au cœur du débat dans cette introspection au cœur d’une matrice à la fois irréelle et parfaitement vraisemblable. Entre quotidien et fantasme, entre psychologie et analyse sociologique, Philippe Laffite excelle en maître du jeu des faux semblants.
Analysé, pesé, emballé et vendu. « Un monde parfait » mérite de figurer en bonne place dans votre bibliothèque. C’est déjà un classique.
