Laurent Cathala, le maire éternel de Créteil

Laurent Cathala, le maire éternel de Créteil

Il y a des élus, et puis il y a des institutions vivantes. Laurent Cathala appartient clairement à la seconde catégorie. Réélu pour la neuvième fois à la tête de Créteil, il incarne une forme de pouvoir devenue presque irréelle dans la France contemporaine : celle d’un maire qui dure, qui construit, et qui s’impose comme un repère stable dans un paysage politique en perpétuel mouvement. Depuis

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1977, date de sa première élection à seulement 31 ans, Cathala n’a jamais quitté son fauteuil. Près d’un demi-siècle à diriger une ville de plus de 90 000 habitants, à traverser les alternances nationales, les mutations urbaines, les crises sociales et les recompositions politiques, sans jamais être réellement menacé. Une longévité qui force le respect autant qu’elle interroge.

Car derrière cette permanence se cache une méthode : une gestion rigoureuse, une présence constante sur le terrain, et une capacité rare à transformer une ville sur le temps long. Sous son impulsion, Créteil s’est métamorphosée : urbanisme structuré, développement des infrastructures, ancrage universitaire et hospitalier, identité architecturale forte avec ses célèbres “choux”. Cathala appartient à cette génération de maires bâtisseurs, presque artisanaux, qui pensent leur ville comme une œuvre continue plutôt que comme une succession de mandats. Socialiste historique, ancien député et ancien secrétaire d’État sous François Mitterrand, il incarne une gauche de gestion, pragmatique, loin des effets de tribune et des emballements médiatiques. Chez lui, pas de coups d’éclat : du temps, de la constance, et une fidélité à un territoire.

Mais cette longévité exceptionnelle pose aussi une question démocratique frontale : peut-on régner aussi longtemps sans figer le jeu politique local ? Pour ses opposants, Cathala symbolise un système verrouillé ; pour ses soutiens, il est au contraire la preuve qu’une confiance durable peut exister entre un élu et ses administrés.

À 80 ans passés, il choisit pourtant de continuer, porté par l’idée de finir ce qu’il a commencé et d’accompagner les grands projets du Grand Paris. Ce choix révèle une chose essentielle : Cathala ne se voit pas comme un simple élu, mais comme le garant d’un équilibre. Son parcours raconte à la fois la puissance du local en France et les limites d’un système où la longévité devient l’exception. Une figure presque d’un autre temps, mais terriblement actuelle, qui rappelle qu’en politique, la vraie force n’est pas toujours dans le renouvellement, mais parfois dans la durée.

le 23/03/2026
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