Interview du Réalisateur Jean-Jacques Annaud à l’occasion de son Expo dédiée à la Fondation Jérome Seydoux /Pathé
Quel bonheur de rencontrer Jean-Jacques Annaud, réalisateur mythique de Coup de tête, La Guerre du feu, Le Nom de la rose, L’Ours, L’Amant, Sept ans au Tibet, Le Dernier Loup, Notre-Dame brûle… Invité par la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé à l’occasion de l’exposition rétrospective "Le chantier invisible", dans les coulisses des films de Jean-Jacques Annaud" qui lui est consacrée, il apparaît tel qu’on l’imagine rarement : accessible, chaleureux, profondément humain, et surtout habité par une passion intacte pour le cinéma.
Face à lui, une évidence s’impose, on n’est pas seulement devant un grand cinéaste, mais devant un conteur. L’occasion idéale de lui poser quelques questions sur une œuvre aussi puissante que singulière.
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SANS EMOTION, PAS DE FILM... TROIS QUESTIONS AU REALISATEUR CULTE
Frédéric Vignale : Vous êtes devenu grâce à au moins deux films "Le nom de la Rose" et "L’Amant’, un fantastique adapteur et passeur de la littérature, vous avez fait d’Umberto Ecco et Marguerite Duras des stars...
Oui malheureusement, j’ai envie de dire. Si j’avais adapté Marguerite Yourcenar, elle serait peut-être plus connue, c’est ça le pouvoir du cinéma. D’ailleurs, j’ai une anecdote à ce propos, un jour la femme d’Umberto Ecco reçoit un coup de fil en allemand qui lui dit que le livre d’Umberto Ecco s’était vendu à plus de 900 000, exemplaires rien qu’en Allemagne ce qui est un chiffre incroyable en littérature, elle n’en revenait pas, mais pas pour film, bien sûr mais pour le livre ça peut changer la vie d’un auteur. Je regrette vraiment que les gens ne s’intéressent d’ailleurs qu’à ce seul livre d’Umberto, ce qui est d’ailleurs terriblement injuste car son oeuvre ne se résume pas qu’à ce livre-là.
Frédéric Vignale : Jean-Jacques Annaud vous êtes reconnu pour votre sens de l’image et un savoir-faire hors norme dans la technique, mais vous êtes aussi un remarquable directeur d’acteurs capable de faire jouer avec brio Patrick Dewaere, Bad Pitt, Sean Connery, Christian Slater mais aussi ma chère et regrettée Roselyne Favey, mais on le dit moins à propos de votre travail et c’est un peu injuste...
La technique, il faut la maîtriser complètement, de façon à ce qu’elle ne vous paralyse pas. Mais je me souviens, quand je suis parti aux États-Unis, mes confrères m’ont dit : « Tu vas te faire écraser. » Je leur ai dit : « Attendez… c’est moi qui conduis le rouleau compresseur. J’ai le final cut. Donc qu’est-ce que je risque ?
Et puis, s’ils ne sont pas contents, je m’en vais. » Je travaille avec des valises pliantes, parce que chaque soir, je remets mes vêtements comme si j’allais partir demain, parce que si on me fait chier, je pars. J’ai habité… ah oui, j’ai habité au Cameroun, j’ai habité en Côte d’Ivoire, j’ai habité au Cambodge, j’ai habité au Vietnam, évidemment, en Chine, quatre ans… dix ans à Los Angeles.
Alors ça, j’aime ça aussi, parce que c’est une manière de comprendre l’universalité du public. Et en fait, si j’ai fait des films avec des bestioles, c’est pour comprendre l’universalité du sentiment mammifère, j’ai envie de dire. Vous savez, si vous arrivez à comprendre une grenouille, et si vous arrivez à comprendre un ours ou un tigre, c’est un gros progrès dans votre vie privée, et pour l’humain, ça aide, bien sûr.
C’est-à-dire que moi, juste après L’Ours, j’ai fait L’Amant, je n’aurais pas tourné L’Amant de la même manière… mais pourtant ce sont des films qui ne se ressemblent pas du tout. Mais ce qu’il y a d’important, c’est le rôle de l’instinct, et ça j’ai appris à respecter l’instinct. De toute façon, vous savez, moi, en vérité, je ne pense qu’à l’histoire, à l’émotion que va provoquer l’histoire.
J’adore ce qu’on dit avec Ridley Scott, on se connaît très bien depuis longtemps : on dit toujours qu’on est dans la Motion Picture Industry, et on rajoute « Emotion Picture Industry ». Sans émotion, pas de film. Donc cette émotion, elle va passer par quoi ? Par l’identification à un personnage. Si vous arrivez à ce que le public s’identifie à un ourson, c’est une aventure particulière pour le public, finalement assez mémorable.
Alors maintenant un peu moins, parce que les gens ont beaucoup copié ces choses-là, mais en fait la direction d’acteur… si vous avez une débutante comme Jane March, qui n’avait jamais jamais fait une séance de photo, et qu’elle pleurait à chaque fois qu’il y avait quelque chose de nouveau — « c’est ma première scène avec le Chinois, c’est ma première scène où je dois pleurer, c’est la première scène… » — à chaque fois je disais : « Va pleurer dans ta caravane, et quand tu n’en peux plus tu reviens, tu sèches tes yeux et tu sais ton texte. » Mais si vous voulez, je sais ce que je dois à mes acteurs, et ce que je leur dois, c’est le respect, et j’ai envie de dire : je leur dois de l’amour.
Frédéric Vignale : Vous avez des projets de films ?
Oui, à 82 ans, je travaille sur plusieurs projets même dont certains en relation avec l’Ia qui est un assistant formidable pour le cinéma, j’utilise les progrès de la technique depuis très longtemps dans mes films.
Photo du réalisateur par Frédéric Vignale
L’entretien complet avec Jean-Jacques Annaud mené conjointement avec Yves Alion, Frédéric Vignale et David Benabou à voir sur La Radio du Cinéma : https://radioducinema.com/podcasts/podcasts-de-la-radio-du-cinema-169/le-chantier-invisible-jean-jacques-annaud-revele-sa-methode-de-tournage-525
Exposition : Le chantier invisible, dans les coulisses des films de Jean-Jacques Annaud, du vendredi 20 mars 2026 au samedi 31 octobre 2026, à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.
Adresse : Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, 73 avenue des Gobelins, 75013 Paris.
Horaires (Salle Charles Pathé et expositions) : mardi 14h–20h30, mercredi 14h–19h, jeudi 14h–19h, vendredi 14h–20h30, samedi 11h30–19h (fermé dimanche et lundi).
Tarifs (exposition) : plein tarif : 5 € ; tarif réduit et partenaire : 3 €. Billet couplé (une séance + accès exposition) : plein tarif : 7 € ; tarif réduit : 5,50 € ; moins de 14 ans : 4,50 € ; carte 5 places (valable 3 mois) : 20 €.
Fondation Jérôme Seydoux-Pathé — infos pratiques (horaires, accès, tarifs).
Site officiel de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.
Pathé, présentation de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.
