Aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle, les deepfakes et les vidéos entièrement synthétiques, ce vieux réflexe de Simone devient presque une philosophie médiatique. Car si l’on écoute certains discours alarmistes, nous serions entrés dans une époque où plus rien n’est vrai : images truquées, voix clonées, événements inventés. Les réseaux sociaux seraient devenus un gigantesque théâtre d’illusions où la vérité se dissout dans le pixel. Et pourtant, derrière cette inquiétude légitime se cache peut-être un effet inattendu, l’IA est en train de nous réapprendre à douter.
Pendant longtemps, nous avons accordé aux images une confiance quasi religieuse. Une photo, une vidéo, un extrait sonore semblaient porter en eux la preuve du réel. Le numérique et les réseaux ont amplifié cette crédulité collective : un contenu partagé mille fois devenait aussitôt une vérité publique. Mais l’arrivée des intelligences artificielles capables de fabriquer des images parfaites bouleverse cette logique. Désormais, chacun sait, ou commence à comprendre, qu’une vidéo peut être générée, qu’une voix peut être imitée, qu’une scène peut n’avoir jamais existé.
Et c’est précisément là que quelque chose d’intéressant se produit : la méfiance revient. Là où l’on croyait trop vite, on commence à vérifier. Là où l’on partageait compulsivement, on hésite. L’IA, paradoxalement, réveille une vieille faculté humaine que la surabondance d’images avait anesthésiée : l’esprit critique. Comme ma grand-mère Simone devant son film du dimanche soir, nous redécouvrons que voir ne suffit pas à croire, et que derrière chaque image il y a toujours une fabrication, un montage, une intention.
En ce sens, la prolifération des fausses vidéos pourrait bien marquer le début d’une nouvelle maturité médiatique. Non pas la fin de la vérité, comme certains le redoutent, mais la fin de notre naïveté face aux images. Et dans un monde saturé de récits, ce retour du doute n’est peut-être pas une catastrophe, c’est peut-être une bonne nouvelle.
