Marko Velk, quand le portrait au fusain devient Métamorphose
Le vent souffle dans les rues de Paris, le ciel est gris bleuté, du bleu foncé au gris noir, des nuages sublimes dignes des peintures de Turner mais sans la mer. L’air est frais, presque agressif, s’engouffre autour de mon cou, me fouette, me gifle le visage, me pique les yeux. Les passants, je ne les vois pas, ils sont là tels des automates. J’avance contre le sens du vent, présente à la vie et dans la ville. Beaubourg est désertique, des déchets s’envolent sur son parvis, une ambiance de fin du monde, de guerre annoncée, de monde replié
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Autour de ce vide artistique annoncé pour travaux, une œuvre survit, comme parfois la beauté peut survivre au chaos. Elle est digne, forte, exigeante, criante de présence et sauve ce territoire vidé de son art par sa qualité technique et poétique.
Le vent souffle aussi dans l’œuvre de Marko Velk. Je suis prise par le dessin comme on est embarquée dans un bon scénario. Mes images visuelles s’activent, le film imaginaire est en action. Silence ! Ça tourne dans ma tête. J’imagine l’avant et l’après-scène : qui sont-ils, où se sauvent-ils ? Je sens la panique, le « sauve ta peau », mais aussi la force, la dignité du combattant. Je sens la lutte entre les morts et les survivants.
Les arbres et les corps déchiquetés ont remplacé les pavés. Le vent souffle fort, il sonne dans mes oreilles, il y a du feu et des arbres brûlés. Marko Velk prend une branche calcinée comme on prend un sabre pour lutter. Il utilise le charbon de bois effrité, devenu dès lors son arme ultime : le fusain.
J’entends les cris, je vois le sang, j’entends les hurlements, les pas des chevaux au galop. Je baisse la tête, je sens la présence de ces fantômes. Ils sortent de la vitre, ils ont encerclé Paris et mon imaginaire aussi.
Derrière ce carreau, il y a des hommes, des guerriers, des visages masqués, des regards figés pour l’éternité dans un clair-obscur sublimé. Des demi-portraits qui ne sont pas encore décapités. La présence-absence sur fond de territoires sauvages énigmatiques.
Un dessin aussi fort devient une histoire qui coule en soi comme le sang coule dans nos veines. Comme un rêve qui m’accompagne tout au long de la journée, qui me bouleverse, qui continue de créer des images visuelles après, qui me marque comme on est marqué par des cicatrices visibles ou invisibles.
Le travail de Marko Velk’s est excellent.
Exposition Marko Velk, Centre culturel de Serbie, en face de Beaubourg.
Marko Velk est un peintre serbe contemporain dont le travail s’inscrit dans une scène artistique des Balkans en pleine mutation.
Son œuvre explore des tensions entre mémoire collective, identité nationale et modernité, souvent à travers une matière dense et des contrastes marqués.
Entre figuration expressive et abstraction sombre, il développe un langage pictural chargé d’intensité et d’ancrage culturel.
Un dessin pour Marko Velk :

