Dès les premières pages, le lecteur est confronté à une écriture du corps, du désir, de l’errance. « J’étais nu. De cette nudité imbécile et un peu vulgaire. » Ce dépouillement, qui pourrait être anecdotique, est au contraire une déclaration d’intention. Le narrateur ne cherche pas à se protéger, il s’expose, il vacille, il doute. Son rapport au monde est marqué par une lucidité brutale et une quête de vérité qui passe autant par la sensualité que par le refus des conventions.
L’un des grands talents de Lowie réside dans sa capacité à capturer l’éphémère, à donner à la moindre sensation une densité presque tactile. Lisbonne, par exemple, n’est pas un simple décor, c’est une ville qui pulse au rythme du texte, une ville qui devient une matière vivante : « J’aime ma Lisbonne. Pour rien au monde je ne lâcherais cette ville. Les nuits sont d’enfer. Les hommes sont beaux. Et la ville occupe mes nuits pour obscurcir mes jours. »
Mais ce livre ne se contente pas d’un réalisme sensuel. Il joue avec les frontières du réel et de l’illusion, il brouille les pistes, impose une écriture du vertige où le lecteur perd ses repères temporels et narratifs. Un même personnage peut apparaître sous plusieurs visages, une scène anodine peut basculer dans le surréalisme. « La nuit s’écrase à nouveau sur le désert. Sur le monde. » Tout se dissout, tout se reconstruit autrement.
Patrick Lowie ne se soucie pas d’être aimable avec son lecteur. Il ne cherche pas la séduction facile, il exige qu’on entre dans son rythme, qu’on accepte ses ruptures, ses dissonances, ses fulgurances.
Et c’est précisément cette liberté qui fait la force de La Trilogie des illusions : une écriture qui refuse l’évidence, un regard qui traque l’invisible, une œuvre qui se dérobe sans cesse et qui, paradoxalement, laisse une empreinte durable.
La Trilogie des illusions, Patrick Lowie, Editions Edern
Mise à jour 2026 : Ce livre a reçu le "Prix du Roman Gay 2026 Passions".
