Rémi Gaillard, de l’humour potache génial à l’activiste animal et citoyen de Montpellier
Rémi Gaillard est né à Montpellier en 1975. Il appartient à cette génération qui a compris très tôt le pouvoir de la vidéo virale, avant même que le mot existe vraiment. Ses premières “conneries” filmées sont d’une simplicité désarmante. Il se fait passer pour un joueur de football et marque un but lors d’un échauffement officiel en finale de la Coupe de France 2002. Il surgit en Mario Kart dans les rues de Montpellier. Il joue au kangourou dans un supermarché. Il transforme la ville en terrain de jeu permanent.
Ces blagues potaches, tournées souvent avec trois fois rien, deviennent rapidement un phénomène mondial. Sa chaîne YouTube explose. Des centaines de millions de vues. Un public international. Un style immédiatement reconnaissable : aucune parole inutile, une mécanique de gag quasi burlesque, héritée à la fois de Buster Keaton et de l’esprit des caméras cachées.
Mais réduire Rémi Gaillard à un simple amuseur serait une erreur. Derrière le clown se cache un type déterminé, parfois obstiné, qui utilise sa notoriété comme levier pour autre chose.
Depuis plusieurs années, il a déplacé son combat vers la défense des animaux. L’humour est resté, mais la colère est devenue plus visible. Il dénonce les abandons, les refuges saturés, les maltraitances. Il organise des actions spectaculaires, parfois borderline, toujours médiatiques. Son objectif est simple : forcer les gens à regarder ce qu’ils préfèrent souvent ignorer.
À Montpellier, il s’est aussi engagé politiquement. Pas au sens classique d’une carrière d’élu, mais comme agitateur public. En 2020, il lance sa propre liste municipale, baptisée avec l’ironie qui le caractérise : “Le Parti Animaliste Gaillard”. Le programme mélange humour, propositions écologistes et défense radicale du bien-être animal. L’opération est à la fois sérieuse et performative : montrer qu’un clown peut parfois dire des choses plus justes que des professionnels de la politique.
Ce qui frappe chez lui, quand on le connaît depuis longtemps, c’est la constance. Le personnage a évolué mais la logique reste la même : provoquer pour réveiller. Que ce soit en envahissant un terrain de football déguisé, en tournant des vidéos absurdes ou en occupant l’espace public pour les animaux, il cherche toujours le même point de friction entre rire et malaise.
Rémi Gaillard appartient aussi à une génération d’internet qui a changé les règles. Avant TikTok, avant les influenceurs calibrés, il y avait ces vidéos bricolées qui devenaient virales parce qu’elles étaient libres, imprévisibles et souvent un peu dangereuses. Gaillard était l’un des pionniers de ce chaos créatif.
Aujourd’hui, le potache de Montpellier est devenu autre chose : un agitateur civique. Toujours imprévisible, parfois excessif, mais impossible à ignorer. Et c’est peut-être là son vrai talent.
Faire rire d’abord.
Et utiliser ce rire pour déplacer le débat.



