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La Panthère rose de Paris n’est pas à vendre, elle appartient à tout le monde

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Je suis bel et bien l’une des personnes à l’origine de l’immense buzz international autour de la Panthère rose de Paris, apparue dans les manifestations d’octobre 2026. Mes images et mes vidéos ont traversé les frontières, circulé sur les réseaux sociaux, été partagées, commentées, détournées, aimées, parfois critiquées. Elles ont voyagé bien plus loin que je ne l’aurais imaginé. Du Brésil à l’Argentine, du Mexique à l’Europe, et jusqu’à des pays dont je ne soupçonnais même pas qu’ils s’intéresseraient à cette drôle de créature rose, quelque chose s’est produit qui me dépasse désormais complètement. Et c’est précisément ce qui me rend heureux.

Mais aujourd’hui, je tiens à dire une chose très clairement : je ne souhaite tirer aucun commerce de ce phénomène.

Je ne veux pas transformer cette Panthère rose en marque, en produit dérivé, en petite entreprise personnelle de la révolte. Je ne veux pas vendre des tee-shirts, des affiches ou des objets à son effigie pour capitaliser sur une émotion collective. Je ne veux pas déposer un slogan, revendiquer une exclusivité sur un symbole ni réclamer de l’argent à ceux qui reproduisent mes créations. Je ne suis pas entré dans cette aventure pour devenir le propriétaire d’un mouvement populaire. Je suis photographe, réalisateur, auteur. Je crée des images pour qu’elles vivent, pas pour les enfermer derrière une caisse enregistreuse.

Alors, utilisez mes images. Partagez-les. Faites-les voyager. Imprimez-les. Affichez-les. Réinventez-les. Faites-en ce que vous voulez. Dans la limite des droits qui m’appartiennent, je les mets librement à votre disposition, sans demander de rémunération. Mon souhait est qu’elles appartiennent au plus grand nombre et qu’elles circulent aussi librement que possible, dans l’esprit du domaine public. Si vous souhaitez mentionner mon nom, j’en serai heureux. Si vous ne le faites pas, l’essentiel restera pour moi que ces images continuent de vivre.

Car il s’est produit quelque chose d’extraordinaire avec cette Panthère rose. Au départ, il y avait une image fabriquée, une fiction, un personnage populaire placé dans une situation absurde et pourtant terriblement évocatrice : une créature rose, pacifique, presque enfantine, confrontée à la puissance d’un canon à eau dans une manifestation parisienne. Une image improbable, drôle et mélancolique à la fois. Mais très vite, cette image a cessé de m’appartenir symboliquement.

Des milliers de personnes y ont projeté leurs propres sentiments, leurs propres colères, leurs espoirs et leur besoin de tendresse. Certains y ont vu un manifestant courageux. D’autres, une jeunesse qui refuse de se taire. D’autres encore, un être fragile face à une machine démesurée. Et beaucoup y ont simplement reconnu une part d’eux-mêmes.

Voilà ce qui me semble magnifique. Une image individuelle est devenue une émotion collective.

À partir de cet instant, vouloir en conserver la propriété symbolique exclusive me semblerait presque indécent. Comment pourrais-je prétendre posséder les émotions qu’elle provoque chez un étudiant brésilien, une mère argentine, un jeune Français ou un inconnu qui la découvre à l’autre bout du monde ? Comment pourrais-je facturer une image dans laquelle des gens ont déposé leurs rêves, leurs blessures ou leurs aspirations ?

Je sais bien que nous vivons dans une société où tout finit par se vendre. Le moindre succès devient une opportunité commerciale, le moindre phénomène viral un marché potentiel, la moindre émotion une occasion de monétiser l’attention. Cette logique est devenue tellement naturelle qu’on en oublierait presque qu’il existe une autre possibilité : créer quelque chose et le donner. Tout simplement.

Cela ne signifie pas que le travail des artistes ne mérite pas d’être rémunéré. Bien au contraire. Je défends depuis toujours la nécessité de respecter la création et ceux qui en vivent. Mais un artiste doit aussi pouvoir décider qu’une œuvre particulière est un cadeau, qu’il n’attend rien en retour, sinon la liberté de la voir circuler.

Je ne suis évidemment pas propriétaire du personnage historique de la Panthère rose, et je ne prétends pas disposer des droits que d’autres détiennent sur lui. Je parle ici de mes propres images, de mes compositions, de mes films et de mon intention artistique. Je veux simplement renoncer, autant que le droit me le permet, à en réserver l’exploitation économique pour moi seul.

Je voudrais aussi rappeler que cette Panthère rose n’a jamais été pensée comme un symbole de haine. Elle n’appelle ni à casser, ni à détruire, ni à agresser qui que ce soit. Elle n’est pas dirigée contre les policiers en tant qu’êtres humains. Elle représente à mes yeux une forme de résistance poétique, une manière de répondre à la brutalité du monde par l’imaginaire, l’humour, la douceur et parfois l’absurde. Elle peut porter une colère, mais cette colère n’a pas besoin de devenir de la haine.

Je veux qu’un enfant puisse sourire en la regardant, qu’un manifestant puisse s’y reconnaître, qu’un policier puisse lui trouver de la tendresse, et qu’un artiste puisse s’en emparer pour inventer autre chose.

Je veux qu’elle échappe à tous les propriétaires de vérités, à toutes les récupérations partisanes et à toutes les tentations commerciales, y compris les miennes.

Certains trouveront peut-être cette démarche naïve. Tant pis. Je préfère la naïveté du partage au cynisme de la récupération. Je préfère voir mes images reproduites un million de fois sans toucher un centime plutôt que les enfermer dans une boutique en ligne. Je préfère qu’elles servent à faire sourire, réfléchir, rêver ou simplement se sentir moins seul.

Je suis heureux d’avoir contribué à faire naître ce phénomène. Je ne vais pas jouer les faux modestes : voir ses créations toucher autant de personnes est une émotion considérable pour un auteur. Mais je sais aussi qu’aucun créateur ne fabrique à lui seul un phénomène mondial. Ce sont ceux qui regardent, partagent, commentent, détournent et s’approprient les images qui leur donnent une vie universelle.

J’ai participé à créer des images. Vous en avez fait un symbole. Et ce symbole est désormais le vôtre.

Alors, si vous croisez ma Panthère rose sur un mur de Buenos Aires, une pancarte à Paris, un écran à São Paulo ou dans une vidéo réalisée par quelqu’un que je ne connaîtrai jamais, ne vous demandez pas combien elle rapporte à son auteur.

Demandez-vous plutôt pourquoi elle est arrivée jusque-là.

Peut-être parce que dans un monde où presque tout a un prix, certaines choses ont encore une valeur précisément parce qu’on refuse de les vendre.

La Panthère rose de Paris n’est pas à vendre. Elle est à partager.

Et si cette aventure devait laisser quelque chose derrière elle, j’aimerais que ce soit cette idée toute simple : les plus belles images ne sont pas nécessairement celles que l’on possède, mais celles que l’on offre.

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