On ignore ce qui peut traverser l’esprit d’un homme au moment de prendre une décision aussi définitive. Une illumination politique ? Un amour débordant pour la droite française ? Un pari perdu après un apéritif particulièrement prolongé ? Ou simplement cette envie irrépressible de pouvoir dire, à la plage : « Regardez, j’ai Ciotti dans la peau ! »
Toujours est-il que notre homme a désormais un responsable politique à demeure, quelque part entre la hanche et le genou. Une sorte de permanence électorale anatomique, ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Il faut reconnaître que l’emplacement est judicieux. Sur le bras, le visage de Ciotti aurait été trop exposé. Sur le torse, trop proche du cœur. Sur les fesses, le message politique aurait pu prêter à confusion. La cuisse, en revanche, offre une position institutionnelle relativement stable, même si elle reste soumise aux fluctuations de l’électorat et du poids de son propriétaire.
Et puis, imaginons un instant les conversations dans l’intimité.
« Chéri, tu as quelque chose sur la jambe ! »
« Oui, c’est Éric Ciotti. »
« Ah. Bon. Et ça s’enlève ? »
« Non. »`
Voilà peut-être le véritable drame de cette histoire : les gouvernements passent, les alliances se font et se défont, les partis changent de nom, les convictions évoluent, mais les tatouages, eux, restent. Dans trente ans, lorsque les historiens tenteront d’expliquer les subtilités de la vie politique française des années 2020, notre homme pourra toujours remonter son short pour illustrer son propos.
On imagine également le désarroi du tatoueur. Lui qui rêvait peut-être de reproduire la Joconde, une estampe japonaise ou un magnifique tigre du Bengale, le voilà chargé d’immortaliser Éric Ciotti sur un quadriceps. L’art contemporain réserve décidément bien des surprises.
Mais au fond, cette histoire est assez touchante. Dans un monde où les électeurs changent d’avis tous les quatre matins, voilà un citoyen qui pousse la fidélité politique jusqu’à l’épiderme. Une conviction à fleur de peau. Un engagement qui ne risque pas de s’effacer au premier remaniement ministériel.
Reste une question essentielle : que se passera-t-il si notre homme change un jour d’opinion politique ? Faudra-t-il transformer Éric Ciotti en personnage de bande dessinée ? Lui ajouter une moustache, un chapeau de clown, voire le faire disparaître sous un gigantesque tatouage de la République ?
En attendant, souhaitons à cet admirateur une excellente santé, une bonne circulation sanguine et surtout de ne jamais avoir besoin d’une opération du genou.
Quant à Éric Ciotti, s’il apprend qu’il possède désormais une résidence secondaire sur une cuisse française, espérons qu’il saura apprécier cet hommage à sa juste valeur.
Car enfin, dans une carrière politique, on peut laisser son nom dans l’histoire, son empreinte dans les institutions ou son souvenir dans le cœur des électeurs.
Mais finir sur une cuisse, avouons que ça lui fait une belle jambe.





