À la une

Ces jeunes Françaises qui quittent l’islam pour le catholicisme, un phénomène discret, réel, et presque jamais raconté

Non pas par stratégie, non pas par folklore, mais au terme d’un chemin spirituel souvent solitaire, tendu, parfois douloureux. Il faut être précis : on ne parle pas d’un raz-de-marée, et encore moins d’une statistique gigantesque qu’un État ou une Église auraient cachée. En France, la religion fait partie des données sensibles, et les statistiques publiques sur ces trajectoires restent limitées ; même l’enquête catholique sur les catéchumènes ne recueille ces informations que de façon anonyme et partielle.

Mais ce que l’on sait suffit à démontrer une réalité. En 2024, la Conférence des évêques de France a recensé 7 135 adultes baptisés à Pâques, en hausse de 31 % sur un an ; parmi les répondants à la question sur l’origine religieuse, environ 5 % venaient de familles de tradition musulmane. Cela représente un ordre de grandeur d’environ 350 personnes, avec toutes les précautions méthodologiques nécessaires. En 2025, le nombre d’adultes baptisés a encore bondi au-dessus de 10 000, et des sources catholiques ont évoqué une part voisine, autour de 4 %, issue d’un arrière-plan musulman.

Le phénomène devient plus frappant lorsqu’on le replace dans le tableau général. Depuis 2016, le nombre d’adultes baptisés dans l’Église catholique en France a plus que triplé, passant de 4 124 à 13 234 en 2026. Les 18-25 ans sont désormais la tranche la plus représentée parmi les catéchumènes adultes, devant les 26-40 ans, et les femmes restent majoritaires, autour de 62 à 63 % selon les dernières enquêtes.

Autrement dit, le réveil religieux catholique touche d’abord une jeunesse française en quête de cadre, de sens, de communauté, de transcendance, et cette poussée féminine est nette. En revanche, les chiffres publics ne ventilent pas clairement, à ma connaissance, la part exacte des jeunes femmes issues de familles musulmanes : il serait donc malhonnête d’inventer une statistique plus fine que celle qui existe réellement.

Pourquoi ces conversions existent-elles ? D’abord parce qu’une partie de la jeunesse française, élevée dans l’épuisement matérialiste, cherche autre chose qu’un confort sans horizon. Les responsables du catéchuménat parlent d’un besoin d’appartenance, d’un désir de socle, de communauté, dans une vie jugée fragmentée ou instable.

L’Église voit arriver des jeunes qui n’ont parfois presque aucune culture chrétienne familiale, mais qui cherchent une verticalité, une liturgie, une parole stable, un récit.

Cette dynamique concerne des jeunes issus de familles chrétiennes, des familles sans religion, mais aussi des familles musulmanes. Le point important est là : la conversion ne relève pas seulement d’un héritage ; elle peut naître d’une comparaison vécue entre univers spirituels, d’une soif personnelle, d’une rencontre, d’une rupture affective ou intellectuelle, parfois aussi d’un désir d’émancipation.

Ce sujet reste tabou pour plusieurs raisons. Côté catholique, on parle peu de ces passages par prudence pastorale, pour éviter le triomphalisme ou l’instrumentalisation identitaire. Côté musulman, l’abandon de l’islam reste souvent une question extrêmement sensible, familiale, sociale et symbolique. Et côté politique ou médiatique, ce récit gêne tout le monde, il contredit les obsessions démographiques simplistes de l’extrême droite, mais il trouble aussi ceux qui veulent raconter les identités religieuses comme des blocs figés, sans circulation possible. Il ne faut donc ni fantasmer ni censurer.

Non, cela ne prouve pas une inversion spectaculaire du paysage religieux français. Oui, cela prouve qu’en France, même dans des milieux que l’on imagine verrouillés, des individus, et des jeunes femmes aussi — exercent leur liberté de conscience dans un sens dont on parle très peu. Cette liberté-là est un fait républicain majeur.

Le plus juste est donc de dire les choses ainsi, il n’y a pas aujourd’hui de preuve d’un basculement massif et chiffrable de “très nombreuses musulmanes” vers le catholicisme, mais il y a bel et bien un courant discret, documenté, en progression dans le contexte d’une forte hausse des baptêmes adultes, et ce courant touche une jeunesse féminine que les statistiques globales montrent déjà très présente dans le renouveau catéchuménal.

Ce n’est pas un fantasme. Ce n’est pas un slogan. C’est un angle mort. Et comme tous les angles morts français sur la religion, il dit quelque chose de profond, dans ce pays que l’on croit usé jusqu’à la corde, des jeunes continuent encore à changer de vie au nom de Dieu.

|couper{950}
Lire l’article →
Mis en avant

La recherche de la célébrité, ce piège moderne ou pourquoi être connu n’a rien d’un bonheur

Pendant longtemps, la célébrité a été vendue comme un sommet. Être vu, être reconnu, être admiré, être désiré, voilà le grand rêve moderne. Aujourd’hui, ce fantasme a quitté les plateaux de cinéma, les stades et les émissions de variétés pour envahir les réseaux sociaux, où chacun peut tenter de jouer à la star devant son téléphone.
Des anonymes se filment, s’exposent, se racontent, mettent en scène leur corps, leur couple, leurs enfants, leurs colères, leurs succès supposés, (...)

Lire la suite →
Mis en avant

Vivre dans l’espace : comment mangent, se lavent, dorment et survivent vraiment les astronautes au quotidien

À bord de la Station spatiale internationale, la vie n’a rien d’un fantasme futuriste confortable : c’est un environnement technique où chaque geste du quotidien est une procédure précise, apprise, répétée, contrôlée. Rien n’est laissé au hasard, parce que l’absence de gravité transforme les actes les plus banals en problèmes concrets à résoudre.
Manger, par exemple, ne consiste pas à s’asseoir autour d’une table mais à s’attacher face à un (...)

Lire la suite →
Arts

Emmanuelle Messika, une peintre de haut niveau qui ne triche pas avec le réel

Chez Emmanuelle Messika, rien n’est là pour rassurer. Ce n’est pas une peinture qui console, ni même qui explique. C’est une peinture qui laisse les choses ouvertes, parfois à vif, comme si le tableau refusait lui-même de se refermer.
Formée aux Beaux-Arts de Paris, Emmanuelle Messika aurait pu suivre une trajectoire lisible, propre, identifiable. Elle fait exactement l’inverse. Depuis des années, Emmanuelle Messika construit un territoire instable où le corps (...)

Littéraire

Critique de Maillon nu, Caroline Giraud, poésie, Rootleg #33

Dès l’ouverture, le livre pose une règle claire. Ici, le langage ne pardonne rien. "Maillon nu" impose une discipline, celle du mot juste, tranché, implacable. Caroline Giraud écrit comme on taille, non pour embellir ou décorer, mais pour atteindre l’âme et son coeur. Le vers est court, sec, tenu. Chaque mot a été choisi, puis gardé comme on garde une lame, pour sa précision, pas pour son éclat.
La couverture, elle, n’est pas anodine. Cette toile de gouttes suspendues, (...)

Cinéma

Ces comédies françaises qui font rire… avec le racisme

Il y a dans une partie de la comédie française contemporaine un trouble diffus, difficile à nommer parce qu’il se cache derrière quelque chose de désarmant : le rire. Ces films ne se présentent jamais comme problématiques, encore moins comme racistes. Ils revendiquent au contraire une forme d’universalité bon enfant, une capacité à rire de tout et avec tout le monde. Et pourtant, leur mécanique repose souvent sur un ressort beaucoup moins innocent, la répétition de clichés (...)

Derniers articles culture et société

Politik

Chasse à l’homme en Iran, la guerre est toujours une défaite humaine, traque, violence et humiliation au cœur des conflits modernes

La guerre n’a rien de propre. Elle n’a rien de stratégique quand on la regarde à hauteur d’homme. Elle blesse, elle tue, elle humilie, et surtout elle réduit l’humain à une fonction. On parle de frappes, de ripostes, d’équilibres géopolitiques, mais sur le terrain, il n’y a que des corps qui tombent, des hommes qui fuient, et d’autres qui traquent. La guerre, ce n’est pas une carte d’état-major, c’est une respiration coupée dans un (...)

Lire la suite →
Les Gens

Les tribunaux médiatiques, juger sans juger, détruire sans réparer. Dernière "victime" en date Lucie Bernardoni

Il y a aujourd’hui une justice parallèle, rapide, virale, sans contradictoire et sans appel. Elle ne siège ni au palais, ni devant un magistrat. Elle se rend sur les plateaux télé, dans les colonnes des sites people, sur X, sur Instagram, dans ce flux permanent où l’émotion vaut preuve et où l’accusation suffit déjà à condamner. Les tribunaux médiatiques ne servent à rien, sinon à broyer.
Car la vraie justice, la seule qui compte, prend du temps. Elle enquête, elle doute, (...)

Lire la suite →
Cinéma

Les Rayons et les Ombres, de la difficulté de filmer un salaud au cinéma sans le rendre lumineux !

Le cinéma aime les zones grises, il s’en nourrit même, mais certaines zones exigent autre chose qu’un jeu d’équilibriste esthétique. La collaboration fait partie de ces territoires où la mise en scène ne peut pas se permettre de flotter. Et pourtant, à chaque fois qu’un film choisit de confier un rôle de collaborateur à un acteur charismatique, connu, aimé, presque désiré, comme Jean Dujardin, il s’expose à une contradiction profonde, presque insoluble : (...)

Lire la suite →
Les Gens

Pierre Lescure ignore cet adage "qui paye ses dettes s’enrichit..."

Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans cette affaire. Pas tant le montant, pas tant la dette, mais le décalage. Le vertige entre une époque où tout le monde se serre la ceinture et ces figures installées qui continuent de vivre comme si rien n’avait changé. Pierre Lescure, incarnation d’un certain âge d’or médiatique, se retrouve aujourd’hui condamné à rembourser une dette envers l’éditrice Joëlle Losfeld.
Et la question qui surgit est brutale, (...)

Lire la suite →
Politik

Rima Hassan, fabriquer la suspicion pour éviter le débat

Il existe une manière très efficace d’éliminer quelqu’un du débat public sans jamais affronter ce qu’il dit. Une méthode propre, rapide, presque invisible. On ne réfute pas ses idées. On installe un doute sur sa santé mentale. Rima Hassan est en train, malheureusement, de devenir un cas d’école.
Depuis qu’elle s’exprime frontalement sur la question palestinienne, le registre critique a glissé. On ne parle plus seulement de ses positions, on parle (...)

Lire la suite →
Arts

Déborah de Robertis, le corps comme arme, l’artiste qui dérange pour réveiller

Il y a des artistes qui décorent le monde. Et puis il y a ceux qui le fissurent. Déborah de Robertis appartient clairement à la seconde catégorie. Depuis plus de dix ans, elle impose une œuvre frontale, physique, impossible à contourner, où le corps devient non pas un objet mais un langage. Un langage brut, direct, sans filtre, qui dérange parce qu’il vise juste.
On l’a vue face à L’Origine du monde au Musée d’Orsay, reprenant à son compte une image que (...)

Lire la suite →

Dossiers culture, livres et art