EMIR KUSTURICA, Live is a Miracle In Buenos Aires

Emir Kusturica a depuis quelques temps délaissé sa camera poétique et son univers extravagant pour tâter de la scène en compagnie du groupe No Smoking Orchestra qui ne tient pas son nom d’une envie de dire non au tabagisme mais plutôt « de ne pas se laisser avoir par l’autorité, le pouvoir » dixit leur Docteur Nelle Karajlic, leader et pourfendeur des convenances.

La musique tzigane est faite pour le nomadisme, elle s’installe dans des cargos et se propage à travers le monde. C’est donc un enregistrement live en Argentine qui nous revient via la mer et c’est bien sur scène que le groupe prend toute son ampleur : musique festive, textes contestataires et performances scéniques (bientôt disponible sur le DVD) loufoques.

Crée en 1980 à Sarajevo en réaction au régime de Tito, ils deviennent vite la figure du « New Primitivism » mouvement culturel de l’époque en Yougoslavie. Rejoint en 1986 par notre Emir de la pellicule, il en devient le guitariste et c’est bien grâce à lui et en son nom que le groupe prend un essor spectaculaire. Renaissant en 1994 suite au conflit, « le band de l’Europe de l’est » garde son essence de fanfare punk avec un savant mélange de rythmes country, de marches turques, de cuivres (forcément), de sons sud-américain, de réminiscence western Morriconienne, de musette et de tradition transformée pour la plus grande joie d’un public en transe.

Ouvrant la boîte de Pandor, ce disque nous fait profiter du meilleur de ces trublions et de leurs délires communicatifs où l’on entend des airs martiaux dignes du cœur de l’armée rouge, sabotés consciencieusement par l’électricité, la volute de l’accordéon fou qui fait tousser les régimes totalitaires et laisse une trace vivante de l’humanité plus forte que tout. La vie est foutrement un miracle après ce bordel organisé.

EMIR KUSTURICA, Live is a Miracle In Buenos Aires, Warner

Pierre DERENSY

le 29/08/2005
Impression