Les manipulations de Marcel Bataillard

Les manipulations de Marcel Bataillard

L’époque est paraît-il à la manipulation. Des images, des gènes, des foules.

Nous sommes à l’ère du numérique, de la génétique et, dans le même temps, confrontés à l’omniprésence d’une production en série standardisée et globalisante.

De ce contexte, et dans la continuité du travail à l’aveugle que je développe depuis 1994 (dessinant les yeux fermés des figures archétypales au tracé à la lisière de la lisibilité), est née en 2002 la suite d’autoportraits portant le titre générique de Manipulations.

Il s’agit de dessins numériques à l’aveugle, c’est-à-dire réalisés sans le secours de la vue et sans retouche, à la tablette graphique. Via l’application de différentes préférences* du logiciel, l’autoportait originel donne naissance à un grand nombre de variantes**, clones/faux frères/faux jumeaux aux formes très diverses, mais affichant parfois un air de famille. Le rendu de chacun d’eux oscille entre simulation du dessin à la plume, au feutre ou au pinceau et motifs plus abstraits où la ligne initiale disparaît et la figure n’est plus identifiable. Ces différents autoportraits sont ensuite rassemblés par série et édités en épreuves numériques, dont le format et le support peuvent varier*** selon le contexte de l’exposition. Au gré des circonstances, chaque Manipulation peut donc être amenée à être recomposée, à l’instar des familles modernes...

Il ne s’agit en aucun cas, dans cet exercice de style, de singer le mode de fonctionnement traditionnel de la peinture grâce à des technologies numériques, mais plutôt d’exploiter leurs spécificités et qualités propres. Et ainsi de détourner les facilités qu’elles offrent à ceux qui produisent en grande quantité, et dans un souci d’efficacité, des publicités qui font la promotion de produits de consommation de masse. Cette souplesse d’utilisation et cette rapidité d’exécution informatiques sont ici mises au service de la création aléatoire d’une série d’images de moi pour lesquelles la notion "d’original" devient caduque.

Les Manipulations sont donc tout à la fois une autocélébration (multiplication des autoportraits) et une autodestruction (dissolution et perte d’identité, manque de ressemblance et d’unité), une composition (au sens pictural du terme) et une décomposition, un exercice artistique et une expérimentation technologique. Au final, une manipulation de l’image, de mon image autant que des images. C’est-à-dire une réflexion - le miroir n’est pas loin - sur l’identité.

Marcel Bataillard

le 25/06/2005
Impression