JOANNA NEWSOM : ‘The Milk-Eyed Mender’

On m’a toujours dit de me méfier d’un homme à longue barbe, traînant en habits rouges sur les boulevards extérieurs. Ce ne serait pas forcément l’homme de la situation. Ce ne serait pas « le vrai ». Maintenant croyez en cette théorie : « Le vrai » Père Noël n’est pas près de chez vous. Non, il ne peut pas être dans votre secteur car il travaille. Il bosse chez Chronowax. Une incroyable maison de disque qui a décidé d’embaucher cet humaniste philanthropique pour exaucer nos vœux.

Les miens en particulier mais aussi celui de millions de fans de bonne musique. Tout d’abord, cet olibrius rouge nous a envoyé, à contre saison l’album de Coco Rosie dont j’avais déjà dit le plus grand bien mais surtout récemment une chanteuse américaine, copine de Devendra Banhart au doux nom de Joanna Newsom, jeune femme sensuelle et pleine d’idées sur la manière de faire sa musique, dont l’album s’intitule « The Milk-Eyed Mender ».

Vous retrouverez tous les ingrédients du premier nommé rajoutant en plus une voix féminine des plus étrange, aiguëe, acide, aiguisée comme une lame de couteau, proche d’un chat qu’on égorge, chantant des blues des années 30 en plein XXIème siècle. On pourrait même remonter plus loin et voir en elle une demoiselle chevauchant sa harpe (instrument dominant dans l’album) pour guerroyer sur le convenu. Son excentricité musicale, sa liberté nous la feraient comparer à Bjork alors qu’on n’a pas besoin de comparaison quand on est unique. Voilà donc le premier présent mais quand je vous annoncerai que la seconde donation n’est autre qu’un album hommage à Daniel Johnston embelli par un second CD des versions originales, là vous ne pourrez que penser que la vie est bien faite en ces temps rugueux.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce fou chantant, qui un jour par mégarde, laissa traîner sa voix sur des cassettes audio pour son unique plaisir avant de tomber dans les bras des caméras de MTV et de connaître la gloire ainsi que la folie ordinaire d’un peuple migrateur, je tenais à vous expliquer que Johnston est à l’art brut : le meilleur dépositaire. Fan irrévérencieux de la pop et des Beatles, aimant la musique faite avec des jouets qu’il persécute, song-writter avec guitare pour faire du bruit et laisser une trace quelque part, Daniel Johnston dépose sur sa tombe qu’il garnit de roses rouges (sur la pochette), des perles rares et inestimables. On suit son évolution dans une carrière débutée dans sa chambre, enregistrant ses chansons sur un dictaphone pour finir par travailler avec les plus grands musiciens que compte les USA, ce qui l’a rendu encore plus dingue pour terminer en hôpital psychiatrique. Outres les 19 titres, outres les dessins (car il dessine aussi des surhommes et autres bêtes étranges sortis de son cerveau) et vidéos offertes, un deuxième CD, parfaitement intégré, vient donner la réplique identique en track-list aux originaux. Seulement voilà, les artistes américains et les artisans de Chronowax ne sont pas tous des abrutis boursouflés au coca. Ils sont avant tous des musiciens qui rendent hommage d’une manière époustouflante au génie (et je pèse mes mots) de la pop moderne. Dans ce « Dicovered-Covered » vous entendrez des versions propres aux invités qui n’ont pas pompé le style inimitable du chanteur maboul mais bien mis leurs propres univers sur des titres puissants. Mélangeant l’aridité de Eels, le retour du folk d’un Beck inspiré, le talent de Clem Snide, l’âpreté de Tom Waits (on ne sait si le ‘King-Kong’ de l’original est plus beau que la reprise du blues-man, retraçant ici le débat sur la pertinence d’un remake du film) ou encore le sens mélodique de Mercury Rev sur ‘Blues Clouds’.

Avec la cerise sur le gâteau qui n’est autre qu’un duo entre The Flaming Lips et Sparkelhorse sur ‘Go’. Enchantant, merveilleux, phénoménal. Bref : c’est Noel. A peine oserai-je demander aux lutins de la maison de disque d’essayer de m’envoyer un beau disque cristal plutôt qu’un pauvre CDR miteux qui ne tiendra pas mes 120 écoutes hebdomadaire.

DANIEL JOHNSTON + Guests : ‘Discovered-Covered’, Chronowax

Pierre DERENSY

le 29/11/2004
Impression