Lavillier nous fait écouter son carnet de bord...

C’est toute la discographie de Lavillier qui devrait s’appeler du titre de ce dernier opus. On y verrait surtout dans ces dernières pages si fragiles, celles ou l’artiste suivant un mûrissement inexorable prend du poids et s’enlise dans le convenu, un Bernard Lavillier revigoré par la marée montante d’un océan pacifique. Il aurait selon ses propres termes retrouvé le plaisir.

Plaisir d’écrire, de jouer et de chanter. Toujours autant bourlingueur il s’amuse à chanter que ce n’est pas lui qui a fait les voyages mais bien les voyages qui l’ont fait. Si cet album sonne si juste, tout en retenu mais jamais convenu il le doit en particulier au retour en place d’un vieux grognard du clan du stéphanois : Timu Cinelu percussionniste d’exception.

Avec lui, à Kingston, avec d’autres musiciens qui connaissent déjà le personnage, ils vont simplifier les structures mélodiques au plus proche des mots. « Cassés de l’Est, stressés de l’Ouest, Rusés du Nord, usés du Sud, vers quelle certitude, vers quelle latitude, vers quelle lassitude, allez vous ? » chante cet étoile polaire du guide du routard. C’est surtout dans ses duos qu’il frappe très fort, tout d’abord avec Cesaira Evora dans « Elle Chante » puis par une mixité avec l’Afrique et Tiken Jah Fakoly pour une « Question de Peau ».

Thématisé autour de l’injustice, de la femme et du monde malade. Du soleil brûlant aux grandes espaces polaires, des silences des plaines arides au tumulte de la Jamaïque, il reste pourtant un capitaine qui tiens le cap. Merci Bernard.

PIERRE DERENSY

BERNARD LAVILLIER, Carnet de Bord, Barclay

le 29/10/2004
Impression