Ramadan 1 - Sarkosy 0

Nicolas Sarkozy était l’invité de l’émission « Cent minutes pour convaincre », sur France 2, jeudi 20 novembre 2003. Il eut comme contradicteur, en direct depuis Genève, Tariq Ramadan, philosophe et islamologue d’origine égyptienne.

Nicolas Sarkozy, bien dans ses pompes depuis le début de l’émission, s’est soudainement fissuré. Il attaqua Tariq Ramadan, doigt pointé, bras tremblotant, à la limite de la parodie de Le Pen. « Je n’ai pas aimé votre article ! S’en prendre à des personnes parce qu’elles sont juives est intolérable ! »
(Ce qui est faux, puisque le fond même de l’article est de dénoncer l’appartenance à une communauté comme vecteur d’intransigeance et de refus de la critique, non une diatribe antisémite).
Tariq Ramadan n’est pas antisémite. La présence à ses côtés du journaliste et militant pour la paix israélien, Michel Warschawski, lors du Forum Social Européen la semaine dernière, en est une des nombreuses preuves.

Nicolas Sarkozy s’est enflammé : il déclara que les Juifs ne pouvaient pas être traités comme tout le monde car il y avait eu la Shoah. Il y avait eu plus de six millions de morts.
Le ministre de l’intérieur pratique une quantification et/ou une qualification du malheur.
Sordide algèbre dans lequel on ne comprend plus rien. A partir de combien de morts cela devient-il intolérable ? Le Rwanda est-il dans la norme ? La Bosnie ? Le Kosovo ? Le Liban, exemple typique d’une guerre religieuse, mais avec, toute proportion gardée, un nombre limité de morts … ? Et quid des exterminations des peuples premiers comme les Indiens aux USA, les indigènes en Australie ? Y a-t-il prescription ?
Tariq Ramadan a tout de suite relevé cette ambiguïté du discours et demandé pourquoi, lorsque le président de la république s’est exprimé il y a quelques jours, suite à l’incendie du lycée israélite, en déclarant que tout acte antisémite était une insulte à la France, et au peuple français, pourquoi il n’existe pas de telle déclaration pour les noirs, les musulmans, les asiatiques, etc.
Petit sourire du ministre qui a esquivé la question.

Puis l’accusation s’est portée contre le frère de M. Ramadan qui publia un livre autorisant la lapidation des femmes adultères (qui est responsable des actes de son frère ?) et le débat a glissé sur la violence envers les femmes cautionnée, selon M. Sarkosy, par le philosophe suisse.
Tariq Ramadan a demandé un moratoire sur le sujet de la lapidation et des violences en générales liées à l’Islam, et à une mauvaise interprétation du Coran. Haussement d’épaules du ministre. « Un moratoire ? ! Mais il faut condamner, il faut que cela cesse de suite ! » Flagrant manifeste d’inculture qui démontre que cet homme n’a pas la carrure d’un chef de l’état. Comment peut-il ignorer le fonctionnement de l’Islam dans le monde ? Il n’y a pas de pape qui régit le culte et ses pratiques, tout mufti peut légiférer, tout imam aussi ; il convient donc de réunir les principaux, de parler, d’écouter … Cela demande du temps. C’est une autre culture, une autre mentalité, un autre monde M. Sarkoy. Ne vous en déplaise, les musulmans ne se résument pas à quelques individus qui obéissent au coup de sifflet.
Changer les mentalités demandent du temps …

François Xavier

Voir en ligne : Le site de FX

le 21/11/2003
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