AFFAIRE DOMINICI : LA VERITE EST AILLEURS (que sur TF1)

A réclamer à cors et à cris une révision qu’ils
savent ne pas pouvoir obtenir et dont ils seraient
fort embarrasssés si elle venait à leur être pourtant
accordée, TF1 et le fan-club des Dominici ont réussi
leur effet d’annonce. N’épiloguons pas sur la
fantaisie de la version de l’affaire défendue par le
feuilleton : il faudrait pour l’avérer que les fumeux
agents soviétiques aient choisi d’opérer avec une
pétoire américaine lubrifiée à l’huile d’olive et
rafistolée avec un anneau de serrage pour cables de
vélo acheté quelques temps auparavant sur un marché du
coin ; il faudrait ensuite que les as du KGB ne sachent
pas faire la différence entre un fusil de chasse et
une arme automatique, puisque les balles vierges
retrouvées sur place prouvent que le criminel a cru
bon de recharger inutilement son arme entre chaque
tir ; il faudrait enfin que moteur tournant sous les
fenêtres de la Grand’Terre et faisant fi du cabot
réputé gueulard, les as des services secrets
réfléchissent plus que mollement au sort à réserver à
l’enfant Drummond, dont la rigidité cadavérique
atteste à l’autopsie qu’elle a été liquidée cinq
heures après !

Un qui devait bien rigoler si ce soir là il
regardait sa télé, c’est Zé...

Dans sa recherche du sensationnel, le réalisateur
affirme de son feuilleton qu’il s’agisse d’un
document.En aparté, il confesse cependant volontiers
avoir fait parfois oeuvre d’auteur pour étayer sa
thèse... Sans éplucher le navet, ainsi en est-il de
l’essentielle scène des aveux, où son commissaire
Sébeille caché derrière la porte souffle au gendarme
de faction ce qu’il doit dire au vieux Dominici pour
lui tirer les vers du nez : en réalité, Sébeille est au
restaurant ; Dominici se confie à Guérino, seul pour
receuillir ses aveux, parce qu’ils se connaissent de
longue date et parlent provençal. On notera enfin,
pour éviter l’accablement, que cette fable des agents
soviétiques n’est même pas un scoop : elle avait déjà
fait long feu à l’époque, évoquée et révoquée aussitôt
par sa seule inconséquence.

Mais cette imposture médiatique aura eu le mérite de rouvrir le dossier Dominici et à moyen terme pourrait bien exploser entre le doigts de ceux qui ont cru bon de jouer avec la
dynamite.

Revenons plus sérieusement sur ce qui est admis pour
un pur crime rural. Une querelle éclate, querelle dont
la cause est peut-être l’ivrognerie, l’objet sans
doute le vol... Toujours est-il qu’une altercation
dégénère au point que les coups de feu éclatent,
alertant définitivement ceux de la Grand’Terre qui
auraient eu le sommeil le plus lourd. Les Drummond
gisent... Pour l’instant il n’y a encore probablement
qu’un assassin. Que faire de la gamine ?

Retour présumé vers la Grand’Terre pour un conseil de
famille. Des heures de conciliabule plus tard, il est
décidé par le clan d’éliminer le témoin, ce qui signe
l’arrêt de mort de la petite Elisabeth.

Grosso merdo, voilà l’affaire. L’affaire Dominici !
Quid du responsable du drame ? L’habile stratégie de
défense des Dominici a judiciairement parfaitement
réussi à ce jour. Le plus crédible pour être à
l’origine du crime est toujours bien en vie, lui,
connu comme le loup blanc du côté d’Oraison, où on
décrit l’homme comme taciturne et peu commode. Ce que
l’on imagine aisément. Je ne vous donnerai pas son
nom, en vertu de la présomption d’innocence et
d’autant plus que personne ne l’appelle par son nom.
Mais il y a prescription et Zé pourrait aujourd’hui
témoigner, il ne risquerait rien de plus que de gagner
beaucoup d’argent. Allez ! zé ! quand tu veux, tu
parles !

En attendant bientôt le revers de cette fiction
fantasmagorique, dont on aurait voulu qu’elle
réhabilite les Dominici et qui in fine pourrait
atteindre le résultat inverse, je vous conseille de
vous intéresser à cette affaire, de nouveau
d’actualité. En commençant peut-être par la lecture du
texte de Pierre Charrier, avocat de Gaston Dominici
décédé en 1999 et qui à des fins personnelles n’avait
jamais cessé d’enquêter et possédait des convictions
appuyées par ce que lui seul et le vieux
connaissaient. Ulcéré par ce lapin sorti d’un chapeau
par TF1, le fils du célèbre avocat a choisi de porter
cette fois ce manuscrit à la connaissance du public,
contestant au point de la confondre la thèse du crime
d’espions sur laquelle une partie de la famille
Dominici fonde sa révision médiatique du procès.
L’occasion pour nous d’approcher enfin la vérité...
tandis que la vérité s’approche enfin de nous.

Serge Scotto.

Biblio : L’AFFAIRE DOMINICI
LE DERNIER TEMOIN, par Pierre Charrier
(présentation Jean Loup Charrier et
Jean-Michel Verne)

Voir en ligne : TF1

le 19/11/2003
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